Hansel et Gretel, agents secrets (2021)

Surprenante nouvelle adaptation du conte des frères Grimm, HANSEL ET GRETEL, AGENTS SECRETS (Secret Magic Control Agency / Ганзель, Гретель и Агентство Магии) est une création des studios d’animation russe Wizart, mais a été réalisée en anglais, co-produite par une société américaine et diffusée sur Netflix. Une macédoine de gènes qui vaut le coup d’œil, ne serait-ce que pour ses nombreuses références.

Loin de reprendre l’intrigue originelle du conte allemand, cette version 2021 dynamite nos souvenirs d’enfance : Hansel est désormais un magicien roublard qui gagne un peu d’argent en vendant des amulettes magiques à quelques spectateurs crédules, et Gretel est devenue agent secret dans la prestigieuse organisation qui contrôle la magie dans le Royaume. Lorsque le Roi est mystérieusement enlevé à la suite d’un repas, c’est naturellement à ce binôme que l’on pense pour le retrouver avant la grande fête annuelle où le monarque doit absolument paraître.

Bardés de gadgets technologiques façon James Bond, les deux aventuriers vont devoir affronter de nombreuses péripéties au cours desquelles ils seront aux prises avec une Baba Yaga anthropophage, une sorcière qui règne sur un lac enchanté, une boule de pâte géante, des militaires en pain d’épice, des cupcakes fantasques et une redoutable cuisinière aux pouvoirs envoûtants. Classiquement, ils y (re)découvriront le sens de la famille et la fraternité qui les unit.

Le projet est né en 2018 après l’important succès des studios Wizart Animation pour leurs nouvelles adaptations du conte de La Reine des neiges (quatre films entre 2012 et 2019 ; un cinquième épisode devrait sortir en 2021). Avec plus de 60.000 dessins à synchroniser avec des voix et des thèmes musicaux originaux, sous la supervision de 15 départements, le film est un projet d’ampleur, mené par le réalisateur Alexeï Tsitsiline.

La grande force du film a été de dépoussiérer un conte du XIXe siècle et de l’adapter aux références culturelles des spectateurs du XXIe siècle, gorgés de Disney, Pixar et des univers esthétisés de réalisateurs comme Tim Burton. Ainsi retrouve-t-on, tout au long du film, des clins d’œil plus ou moins appuyés à ces univers communs : les cailloux du petit poucet deviennent des diodes lumineuses capables d’éclairer un chemin ; la base secrète de l’agence de la magie est accessible depuis une boutique anodine, comme chez KINGSMAN (Vaughn, 2015) ; la fabrique de la cuisinière maléfique, aidée de petites créatures farceuses, ressemble à l’usine colorée de CHARLIE ET LA CHOCOLATERIE (Burton, 2005). Au cœur de l’agence secrète, une chambre forte renferme aussi des objets enchanteurs : la lampe magique d’Aladin, les bottes de sept lieues et même … la boîte de Pandore !

Le spectateur malicieux prendra un plaisir non dissimulé à enquêter, comme Hansel et Gretel, sur toutes les petites références cachées dans les recoins de l’écran. Il trouvera même quelques splendeurs architecturales, telle cette maison de Baba Yaga à l’ossature barcelonaise, inspirée de l’œuvre de Gaudí.

Difficile pour moi de dire (ou de voir) dans quelle mesure le film renouvèle, ou non, l’art très complexe de l’animation. Si le scénario semble assez balisé, sans grosses surprises sur le déroulement et le dénouement de l’intrigue, il est aussi très agréable à visionner, grâce à ses décors luxuriants et ses gentils personnages, très expressifs. Essentiellement destiné aux plus jeunes, j’imagine qu’il remplira très bien son rôle d’excellent divertissement familial.

HANSEL ET GRETEL, AGENTS SECRETS est disponible en streaming sur la plateforme Netflix, dans sa version originale sous-titrée et dans une très bonne version française (avec les voix habituelles des films d’animation francophones). Il est bien regrettable de pas trouver la version russe !

Cosmoball (2020)

Projet de longue haleine au budget colossal, COSMOBALL (Вратарь Галактики) est le premier blockbuster russe sorti dans les salles après le confinement d’avril 2020. Destiné au plus jeune public, il surfe sans originalité sur les recettes du succès, entre mièvreries, bons sentiments, action analeptique et prouesses visuelles. Contre toute attente, le résultat évite le naufrage annoncé ; mieux, il surprend par la maîtrise de ses effets visuels.

Un prérequis est tout de même indispensable pour envisager de prendre un peu de plaisir devant cette débauche d’effets spéciaux : accepter de ne rien comprendre à l’histoire. Comme dans beaucoup de films du genre, une courte introduction pose le cadre de l’intrigue à venir. Une voix-off nous raconte, à toute vitesse, que nous sommes en 2071, dans une galaxie ravagée par les guerres, où la Lune a explosé en plusieurs morceaux et les pôles terrestres se sont inversés. Dès lors, New York est un glacier, les pyramides d’Égypte sont recouvertes par les eaux et Moscou ressemble à une jungle tropicale, sans électricité. Une sorte de scientifique extraterrestre monstrueux est emprisonné dans les profondeurs de la Terre et tous les habitants de l’univers regardent, chaque jour, les matchs du cosmoball, mélange électrique de rugby et de quidditch, auquel ne peuvent participer que des êtres dotés de pouvoir surnaturels.

Par chance pour les amoureux de cinéma russe, le stade où se déroulent les matchs de cosmoball est à Moscou. Hélas pour les esprits un peu cartésiens, le stade à la forme d’un pissenlit géant qui flotte au-dessus de la ville – très beau, du reste !

Au milieu de cette atmosphère déjà bien chargée, un jeune homme erre dans les rues de Moscou, entre les lianes, les lézards et les rivières sauvages. Anton (Evgueni Romantsov) semble être un garçon normal mais ce n’est qu’une apparence : il ne sait pas encore qu’il est capable de se téléporter, la condition idéale pour jouer au cosmoball et, ainsi, sauver l’univers des terrifiants desseins extraterrestres.

Quand on sait que le film est recommandé aux enfants de 6 ans et plus, on peut imaginer que les scénaristes (Andreï Roubanov et Djanik Faiziev) surestiment peut-être les capacités intellectuelles des gentils occupants des écoles primaires !

D’ordinaire, une telle présentation suffit à classer le film dans ma catégorie Nanars du cinéma russe. Et pourtant … un petit quelque chose me pousse à épargner cette superproduction, à lui trouver de nombreuses qualités. Est-ce le climat morose de nos derniers mois ? Les vivifiantes couleurs du film ? Les sympathiques acteurs ? L’occasion, relativement rare, d’admirer Moscou noyée sous les frondaisons d’une jungle tropicale ?

Envisagé dès 2014 comme une « réponse russe » aux adaptations hollywoodiennes des héros Marvel, le projet de reconstituer un monde futuriste, peuplé de héros aux pouvoirs de téléportation, a été porté pendant plus de cinq années par le producteur Sergueï Selianov et le réalisateur Djanik Faiziev. Le tournage s’est déroulé essentiellement dans les studios de Mosfilm, dans lesquels plusieurs décors extérieurs ont été reconstitués, notamment l’impressionnante artère moscovite où déambulent des centaines de figurants. Le studio Main Road Post (déjà responsable des effets spéciaux d’ATTRACTION ou du DUELLISTE) s’est ensuite occupé des trucages numériques, offrant un résultat visuellement splendide, qui constitue le gros point fort du film.

Bien sûr, le scénario manque, comme souvent, de profondeur. Manichéen et simpliste à l’extrême, très convenu dans le dénouement de ses intrigues, il noie aussi le spectateur sous un déluge de détails difficiles à assimiler, qui ne semblent rien apporter, sinon de fausses pistes sans saveur. À la sortie du film en Russie, ce chaos scénaristique fut la principale critique des journalistes. Comment prétendre montrer ce film à des enfants qui ne saisiront pas un dixième des enchevêtrements de l’histoire ?

À l’image de CAPTIVITY, LE PRISONNIER DE MARS (2018), récemment chroniqué sur ce blog, COSMOBALL semble avoir été touché par une malédiction concourant à son échec public et critique. Initialement prévue pour 2019, la sortie du film a été repoussée en raison d’importants problèmes techniques, puis s’est trouvée ajournée une seconde fois à cause du confinement de 2020. Finalement annoncé en 3D pour août 2020, le film a bénéficié d’une promotion importante mais la campagne de publicité a été largement entachée par une affaire tragique liée à l’un des acteurs, Mikhaïl Efremov, condamné pour conduite en état d’ivresse ayant entraîné un grave accident de la circulation et la mort d’un automobiliste. Plusieurs journalistes reprochèrent à la production du film d’avoir laissé les scènes où apparaît Efremov, dans le rôle comique d’un … policier alcoolique et gaffeur.

En définitive, c’est peut-être ce côté malade et bancal qui me séduit dans le film. On passera sur une histoire sans intérêt pour ne garder que les incroyables images, magnifiées par le Blu-ray. Les créatures associées aux joueurs sont très sympathiques. Les acteurs s’en donnent à cœur joie : Evgueni Mironov incarne un créateur fou, sorte de démiurge mythique aux cheveux blancs ; Victoria Agalakova est une joueuse de cosmoball pleine de charme et de malice ; Efremov est quand même amusant dans son rôle (malheureusement trop proche de la réalité) et on appréciera le clin d’œil de Svetlana Ivanova en spectatrice extraterrestre.

COSMOBALL est édité en DVD et Blu-ray chez First International Production depuis janvier 2021 en version originale sous-titrée et en version française. Pour les amateurs d’effets spéciaux, on y retrouve également un making-of du film.

AK-47 : Kalachnikov (2020)

Après les traditionnels films de guerre aux lourds accents patriotiques, après les récits héroïques des grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale, après les films à la gloire du char d’assaut T-34, voici le panégyrique de la kalachnikov. Vivement le biopic sur les dessinateurs des montres Vostok ou les premiers conducteurs des Katioucha !

Réalisé à l’occasion du centenaire de la naissance de Mikhaïl Kalachnikov (1919-2013), le concepteur du plus célèbre fusil d’assaut du XXe siècle, toujours utilisé partout dans le monde par les militaires, guérilleros et terroristes de tout poil, AK-47 KALACHNIKOV (Калашников) s’inscrit à la suite des nombreuses autres évocations lyriques des héros de l’Union Soviétique dans le cinéma russe, ces dernières années. Le principe de ces films semble immuable : un garçon du peuple, très ordinaire mais paré des meilleures intentions pour servir son pays, se retrouve tiraillé entre le cœur froid de la machine bureaucratique et quelques courageux esprits prêts à lui ouvrir les portes de la gloire universelle. La même trame peut servir tous les pans de la société : ainsi de Gagarine (conquête spatiale), Kharlamov (sport) ou Kalachnikov (armée), pour les plus récents exemples chroniqués sur ce blog.

La différence entre tous ces produits de consommation courante se fait donc sur les détails : la mise en scène, le travail sur la lumière, le jeu des acteurs, d’éventuelles audaces dans l’écriture et un sujet plus ou moins attirant – je dois confesser, dans le cas présent, un manque d’intérêt (et de culture) notoire pour les armes à feu ; je préfère le hockey !

Alors, que peut-on sauver du conformisme de cet énième hymne mièvre à la gloire du génie populaire de l’URSS ? Si la mise en scène ne fait montre d’aucune originalité dans le traitement des séquences (elles-mêmes bien prévisibles), il faut saluer le travail du chef opérateur Levan Kapanadze pour sa très belle photographie. Alliée à des décors de qualité et une reconstitution soignée, elle permet au film de ne jamais souffrir des aspects un peu toc du numérique mal utilisé.

Le reste semble bien trop englué dans les codes du genre. Adapté des mémoires de Kalachnikov, le récit n’évoque (presque) pas sa jeunesse tourmentée de fils de koulak, sa déportation en Sibérie et ses différentes évasions – ce qui aurait, pourtant, apporté un peu de piment aux séquences finales : ses décorations, son prix Staline et l’utilisation massive de son fusil par l’Armée rouge. Le jeune Youri Borissov a beau déclarer en interview avoir cherché à « complexifier son personnage », le résultat ne s’écarte pas du chemin tracé initialement par les producteurs (où est passé le talent de Sergueï Bodrov, scénariste et producteur du film ?) ; pire, le pauvre Kalachnikov ressemble volontiers à un benêt sans conviction ni bravoure, aussi mal à l’aise avec les femmes que face à ses « concurrents » dans les concours. Un visage lisse au service de la patrie, héros sans failles.

Le film a le bon goût de ne pas trop s’éterniser, ce qui rend son visionnage presque agréable, à défaut d’être enthousiasmant. Quelques acteurs secondaires participent de cet effort collectif pour rendre vivante cette fresque immobile, dont l’essentiel se passe entre le champ de tir et les ateliers : Alexeï Vertkov, l’homme qui murmurait à l’oreille des T-34 dans LE TIGRE BLANC (Chakhnazarov, 2012), incarne ici un officier du NKVD dans la seule scène de suspens du film ; Arthur Smolianinov est un ingénieur convaincant, tout comme le jeune Eldar Kalimouline en assistant de dernière minute. La jolie Olga Lerman, quant à elle, est moins bien servie avec un rôle de gentille épouse faussement caractérielle.

Les amateurs de fusils d’assaut peuvent découvrir ce film en VOD (version originale sous-titrée) sur différentes plateformes avant, peut-être, une sortie prochaine en DVD / Blu-ray. Il faut noter que la carrière du film n’a pas été trop malmenée par la crise sanitaire liée au Covid-19 : présenté en avant-première à Ijevsk (Oural), la ville industrielle où fut fabriqué le premier prototype de l’AK-47, le film apparaît dans le top 5 des productions favorites du public russe pour l’année 2020.