Bon anniversaire à … Constantin Khabenski (1972)

Autant le dire tout de suite, Constantin Khabenski n’est pas un chouchou de Perestroikino : trop de mauvais rôles et des choix discutables. Pourtant, force est de constater qu’en Russie, ses films attirent un public assez important, à tel point que le site KinoPoisk (sorte d’AlloCiné russe) l’a reconnu, lors d’une analyse globale de ses données en 2017, l’acteur le plus populaire du cinéma russe depuis le début des années 2000. À titre de comparaison, le réalisateur russe n°1 de la même étude est le tâcheron Timour Bekmambetov – de quoi se rassurer sur la valeur artistique de ladite analyse.

Qui a vu Constantin Khabenski en ersatz vampirisé de Keanu Reeves dans NIGHT WATCH (Bekmanbetov, 2004) sait de quoi je veux parler. C’est un rôle à vous décrédibiliser pendant au moins vingt ans ! Toutefois, le succès populaire fut au rendez-vous, comme pour la suite, deux ans plus tard, avec DAY WATCH et la même équipe. Auréolé d’une certaine notoriété, l’acteur fut choisi en 2008 pour être L’AMIRAL dans le film événement d’Andreï Kravtchouk, épique reconstitution de la vie d’Alexandre Koltchak : de gros moyens et un solide casting pour un film un peu en deçà de ses promesses.

Du côté des réussites, on peut citer la sympathique comédie de Pavel Lounguine, FAMILLES À VENDRE (2005) et LE GÉOGRAPHE A BU SON GLOBE (Veledinski, 2013). Khabenski apparaît aussi deux fois dans la peau de Léon Trotski, dans des séries télévisées : la plus récente, diffusée un temps sur Netflix, n’était pas une franche réussite malgré une composition solide de l’acteur.

Né le 11 janvier 1972 à Leningrad, Constantin Khabenski fête aujourd’hui ses 49 ans !

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Night Watch (2004)

En 2004, la sortie nationale de NIGHT WATCH (Ночной Дозор) fut un événement considérable pour le cinéma russe, alors en plein renouveau après une sombre décennie, marquée par l’effondrement de la production cinématographique du pays. Considéré comme le premier blockbuster de Russie, le film creva le plafond du box-office, à grand renfort de publicités impératives, s’offrant même le luxe de surpasser les succès américains du moment.

Quinze ans plus tard, que reste-t-il de cette superproduction d’envergure ? Un peu timide devant ses ors, j’ai abordé le film plein de bienveillance, malgré une présentation du distributeur français assez peu engageante : « Pendant plusieurs siècles, les forces de l’Ombre et de la Lumière ont coexisté dans un équilibre subtil … jusqu’à aujourd’hui. Les Autres de Night Watch, tels que les vampires, les sorcières ou les démons, sont dotés de pouvoirs surnaturels. Une succession d’événements mystérieux déclenche une prophétie ancestrale : un Elu va ainsi basculer dans le camp adverse, détruire l’équilibre et provoquer une guerre apocalyptique sans précédent ! » (sic)

Bien sûr, l’histoire n’a aucun intérêt mais, sur le papier, elle est à peu près intelligible – dernier moment de clairvoyance avant le délire paranormal … et l’éditeur d’ajouter un slogan racoleur pour appâter le taisson : « Quentin Tarantino présente [le film] comme le nouveau Seigneur des Anneaux. » L’occasion est toujours trop belle de montrer qu’en matière de cinéma, on peut être un cinéaste de premier plan et un fétichiste du plus mauvais goût.

La première séquence oppose, comme dans un mauvais jeu vidéo, deux armées venues « de la Nuit des Temps » mais semblables à des osts médiévaux. Vladimir Menchov apparaît sur son beau cheval, le visage grave. Le Bien et le Mal sont prêts à s’affronter pour la domination du monde ! Et tout va se jouer sur … un petit pont de pierre. Il ne manque que le chevalier Bayard pour refaire Garigliano. Soudain, au milieu de la cohue (filmée au ralenti, comme il se doit) et des effusions de sang, Menchov est pris d’un doute. Il décide d’arrêter le massacre et passe un pacte avec son ennemi, entouré des deux armées figées par un sortilège. Le décor est planté. Pas de doute possible, NIGHT WATCH s’annonce comme un nanar de premier ordre.

On pourrait s’amuser à décrire chaque séquence, chaque scène, chaque ligne de dialogue. Mais je dois le confesser, au risque de passer pour un « apôtre » de l’Ombre et d’être impitoyablement traqué par Constantin Khabenski, je n’ai pas réussi à aller jusqu’au bout du supplice. Pour me satisfaire d’un bon nanar, j’ai besoin d’un scénario linéaire – ou de Paul Préboist en curé farceur, à défaut. Celui de NIGHT WATCH est incompréhensible.

Tâcheron hypnotisé par les lumières d’Hollywood (où il travaille désormais, toujours aussi mal inspiré), le réalisateur Timour Bekmambetov cherchait manifestement à montrer ses qualités spongiaires quand il s’attela à commettre ce film : de MATRIX (Wachowski, 1999) à STAR WARS (Lucas, 1977) en passant par SOS FANTÔMES (Reitman, 1984), tout l’éventail du cinéma américain de science-fiction défile sous nos yeux, telles des marques imprimées sous le nez du spectateur – soit dit en passant, de véritables marques sponsors apparaissent régulièrement à l’écran.

Supermarché du spectateur moyen, NIGHT WATCH propose toutes les saveurs, pour tous les goûts : du vampirisme un peu gore, du ralenti en veux-tu en voilà, du rap en sourdine, du rock agressif pour souligner l’action, du Nescafé, de la sorcière spécialisée en avortement à distance, du paranormal, de l’action virile, du sentiment, une chouette qui se transforme en femme, un vortex capillaire, un boucher de Moscou qui deale du sang de cochon … j’en oublie sûrement !

Les pauvres acteurs se démènent comme ils peuvent au milieu de ce cloaque ; et je repense au sublime Alec Guinness, perdu sur le tournage du premier STAR WARS, incapable de comprendre ce qu’il fait là, ni pourquoi il a accepté ce rôle. Que viennent faire Vladimir Menchov, Valery Zolotoukhine et Rimma Markova dans cette galère ? On souffre en voyant Constantin Khabenski en ersatz de Keanu Reeves, avec ses lunettes de soleil et sa capuche.

En me promenant sur internet, je constate que le film a donné lieu à des interprétations assez poussées sur le Bien et le Mal, sur les aspects slaves (voire soviétiques) des personnages, de leurs voitures, de leurs costumes. Après tout, il y a bien des thèses de doctorat sur les œuvres d’Amélie Nothomb. Si certains veulent absolument défendre ce film, leurs commentaires sont les bienvenus sur cette page ! Si j’en crois ce que je lis, la version internationale est un peu différente de l’originale russe.

Le DVD / Blu-ray francophone de NIGHT WATCH (2008) se trouve encore aujourd’hui assez facilement sur les principaux sites de vente en ligne. Au moment où je consulte sa page, Amazon le propose à partir de 0,42 €. C’est encore trop cher payé : attendez les soldes !

Bonne rentrée 2020 !

Masqué, calfeutré derrière son bureau et condamné à la désinfection permanente, des pieds à la tête, le professeur d’Histoire de 2020 entre dans le présent avec de singuliers regains de nostalgie, accentuant un peu plus – comme si c’était possible … – son goût immodéré pour le passé, havre de paix factice où l’on se faisait tranquillement guillotiner la bouche ouverte, les mains sales et l’esprit ardent.

En photographie : Constantin Khabenski dans LE GÉOGRAPHE A BU SON GLOBE (Географ глобус пропил, Veledinski, 2013).