Accueil / Index / Index des films / Pegtymel (2000)
Autour de la rivière sibérienne qui donne son nom au film, la caméra ethnologique d’Andreï Golovnev capture des fragments de l’âme des nomades de Tchoukotka, aux confins de l’Extrême-Orient russe.

Réalisé par Andreï Golovnev
Russie / Sortie : 2000 / env. 30 min
Film documentaire

Pegtymel (Пегтымель) est le nom d’une rivière de presque 350 kilomètres qui coule au milieu de la toundra sibérienne, dans le district autonome de Tchoukotka, aux confins orientaux de l’immense territoire russe. Au cœur de cette région reculée, méconnue, vivent encore des familles de nomades, dont les traditions séculaires se perpétuent, insensibles et farouches devant les tribulations de l’Histoire, ce rouleau compresseur qui tend souvent à écraser les peuples rétifs.

On doit de pouvoir observer cette existence inchangée au chercheur Andreï Golovnev, fondateur du Bureau d’études ethnographiques d’Iekaterinbourg et réalisateur de plusieurs documentaires consacrés à l’étude des peuples nomades du grand nord sibérien. Après plusieurs films consacrés aux Nénètses et leur vie dans la péninsule de Yamal, Pegtymel montre quelques journées de la vie des éleveurs de rennes Tchouktches.

En s’appuyant sur les récits et souvenirs mystiques d’un vieil homme, Natalko, le réalisateur filme la vie quotidienne des hommes et des femmes, leurs rôles dans les cérémonies et les rites, leur rapport à la nature, leurs croyances. Établis près des pétroglyphes de la rivière Pegtymel, les Tchouktches interrogés confient aussi un rapport particulier à l’amanite, ce champignon considéré comme mortel en Europe de l’Ouest et dégusté en Tchoukotka pour ses vertus médicinales : en effet, il serait capable de soigner les maux corporels et permet des transes rituelles, mélange de souvenirs anciens et d’hallucinations dont certains êtres ne peuvent sortir qu’en entendant des chants traditionnels.

Ce joli documentaire d’une trentaine de minutes, davantage centré sur l’ethnologie que l’esthétique cinématographique, a été projeté lors de la 1ère édition du Festival du Film Russe à Montpellier, en décembre 2021 – l’occasion d’écouter plusieurs intervenants évoquer cette fascinante région et d’écouter des chants de gorge traditionnels.

Faire perdurer (et découvrir) cet héritage est une nécessité : de la rivière Pegtymel jusqu’aux rives de la mer de Béring, les Tchouktches sont un peuple menacé de disparition. Leur culture chamanique, leur langue et leurs coutumes sont constamment mises à l’épreuve de la modernité, depuis des décennies (de la part des russes et des soviétiques) ; du reste, l’alcoolisme est un fléau qui décime la population et contraint certains habitants au suicide. On retrouve les fragments dramatiques de cet enclavement en toile de fond du Chasseur de baleine (Youriev, 2020).


Julien Morvan

Professeur d'histoire-géographie en Île-de-France, cinéphage et russophile, j'ai créé Perestroikino en avril 2020 pour partager mon exploration du cinéma russe & soviétique avec le public francophone.

0 commentaire

Laisser un commentaire

Avatar placeholder

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *