Les pirates du XXe siècle (1979)

Souvent considéré comme le premier film d’action soviétique, LES PIRATES DU XXe SIÈCLE (Пира́ты XX ве́ка) est l’un des plus grands succès du cinéma russe, toutes époques confondues. Pratiquement inconnu en France, il bénéficie heureusement d’une bonne édition DVD, agrémentée de bonus instructifs sur le contexte de création, les différentes réactions à la sortie du film et sa postérité.

Parce qu’il transporte une grande quantité d’opium, destiné à l’industrie pharmaceutique, un cargo soviétique est attaqué puis brûlé par une bande de pirates-mercenaires. Abandonnés à leur sort sur un bateau de sauvetage, les marins rescapés accostent miraculeusement une île … repère des pirates. Pour rentrer chez eux, venger leur honneur et délivrer une population de pêcheurs opprimés, les marins vont tout tenter !

Le film est une véritable curiosité, à bien des égards. D’emblée, c’est la violence qui s’impose, inhabituelle dans les films soviétiques destinés à un jeune public (le film est produit par les studios Gorky). L’abordage par les pirates et toute la deuxième partie, sur l’île, sont marqués par des scènes de fusillades ou de combats au corps-à-corps, avec du sang qui coule, des morts qui tombent et des cris de rage. Le réalisateur montre même une femme violemment battue par l’un des pirates, prêt à la jeter en pâture à des brutes avides de la violer. Contre toute attente, toutes ces scènes furent approuvées par la Censure, d’abord réticente, puis convaincue par l’entrain de Leonid Brejnev. Dans les bonus du DVD édité par RDM Edition, le réalisateur Boris Dourov et le scénariste Stanislav Govoroukhine, avec un franc-parler très amusant, évoquent leur vision des marins soviétiques : il fallait en faire des « vrais » hommes, musclés, capables de se défendre, à l’opposé des « personnages d’intellectuels efféminés » qui pullulaient dans l’industrie cinématographique nationale. Interviewés, les acteurs principaux confirment cette ambition, apolitique, de montrer ce qui arrive à tous ceux qui veulent attaquer l’Union Soviétique.

De fait, le film rencontre un succès public colossal à sa sortie ; des dizaines de millions de jeunes spectateurs se ruent dans les salles pour le voir, parfois plusieurs fois de suite, et s’identifient à ces héros ordinaires, braves marins de commerce forcés de défendre leur vie, les femmes du bord et leur honneur.

Le casting est aussi éclectique que les genres abordés dans le film. Autour d’acteurs professionnels (Nikolaï Eremenko Jr., le héros ténébreux, et Piotr Veliaminov, le capitaine) s’affairent des semi-amateurs recrutés pour leurs « gueules » ou leurs talents dans les arts martiaux. LES PIRATES DU XXe SIÈCLE est aussi l’un des premiers films soviétiques où apparaissent des scènes de karaté. Ce sous-genre du cinéma d’action, largement popularisé par Bruce Lee aux Etats-Unis, supporte assez mal le temps, à mon humble avis. Dans ce film de pirates, ces petites démonstrations, ponctuées de cris aigus, deviennent vite comiques – heureusement, elles ne sont pas si nombreuses.

Tourné aux environs de Yalta (Crimée) et en mer d’Azov, le film intègre aussi quelques séquences sous-marines plutôt efficaces. Certaines furent tournées en mer, d’autres dans la piscine de l’hôtel, pour des raisons pratiques.

Que faut-il penser de ces pirates du siècle passé ? Comme c’est le cas pour de nombreuses productions de films d’action ou d’aventures, le temps n’est pas forcément le meilleur allié des séquences de combats, vite désuètes, voire carrément ringardes. Ce film ne fait pas exception, hélas : de jolies scènes de camaraderie virile succèdent à des dialogues ou situations dignes des pires séries B. Les démonstrations de karaté font sourire, tout comme certains accoutrements des pirates, très « Village People ». Pour autant, une bonne partie du film fonctionne parfaitement, grâce à la sincérité des acteurs, des décors bien exploités par le réalisateur (l’île et le village de pêcheurs, reconstitué par les décorateurs des studios Gorky) et une tension dramatique efficace, proche de certains romans de Jules Verne (L’île mystérieuse, Le phare du bout du monde).

J’insiste à nouveau sur la pertinence des bonus du DVD. Les différents protagonistes du film racontent avec beaucoup de recul cette expérience incroyable, au succès démesuré. Boris Dourov décrit notamment les différentes projections test, aux confins de la Russie, où il était accueilli en potentat ; Stanislav Govoroukhine, plus désabusé, clame la qualité de son scénario, tout en vociférant sur les mauvaises critiques de la presse de l’époque.

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