Le 9e escadron (2005)

En 1988, dans les derniers mois de la guerre d’Afghanistan, un petit groupe de soldats volontaires est incorporé dans un régiment de parachutistes, chargés de reprendre la route de Khost, près de la frontière avec le Pakistan. D’abord cantonnés à des missions de surveillance, ils vont devoir affronter les embuscades des moudjahidines et participer à l’une des dernières batailles du conflit.

Premier film réalisé par Fiodor Bondartchouk, qui interprète aussi le rôle viril du colonel « Khokhol », LE 9e ESCADRON (9 рота) est la reconstitution romancée d’une véritable opération militaire menée par l’Armée rouge, à la fin de la guerre d’Afghanistan : de novembre 1987 à janvier 1988, l’opération Magistral déploya plusieurs formations pour briser la résistance des moudjahidines dans la région de Khost, soumise à un blocus et de régulières escarmouches sanglantes. Pour sécuriser l’acheminement des convois de soldats, plusieurs bataillons (dont la 9ème compagnie aéroportée) furent chargés de s’emparer des collines environnantes. Le 7 janvier 1988, plusieurs centaines de combattants afghans lancèrent une série d’attaques sur la cote 3234 afin de récupérer cet avant-poste stratégique ; la bataille dura toute la journée et consacra la résistance héroïque des soldats soviétiques, qui dénombrèrent finalement 6 morts et une trentaine de blessés (contre 200 à 400 chez les moudjahidines).

Si le film est dédié à Sergueï Bondartchouk (décédé en 1994), Fiodor convoque pourtant d’autres maîtres, tout au long de cette histoire très balisée. La structure en deux grandes parties – l’entraînement puis le front – rappelle FULL METAL JACKET (Kubrick, 1987), tout comme la formation du sergent instructeur, vulgaire et tyrannique (Mikhaïl Poretchenkov, le gros dur au cœur sensible). Suivent un ensemble de séquences au combat pour lesquelles le réalisateur puise dans les classiques du film de guerre américain, de LA LIGNE ROUGE (Malick, 1998) à LA CHUTE DU FAUCON NOIR (Scott, 2001) en passant par PLATOON (Stone, 1986), NOUS ÉTIONS SOLDATS (Wallace, 2002) et même APOCALYPSE NOW (Coppola, 1979).

Solides sur le papier, ces références engluent rapidement le film dans un exercice de style en forme de copie brouillonne des blockbusters américains. Chaque action, chaque mouvement de caméra, chaque gros plan sur le visage sombre d’un soldat est souligné par une musique pesante ou des effets visuels inutiles (ralentis, longues focales), qui confèrent à cette aventure humaine des reflets de jeu vidéo balourd, sans aucune émotion. Inévitablement, les séquences héroïques sont traitées à l’artillerie lourde : lumière crépusculaire, ralentis pénibles sur le visage du seul survivant, musique percussive et dialogues mièvres, en voix off. À l’occasion, on ne serait pas si loin du nanar, tant le message ridicule tranche avec le tragique de la situation et les réalités complexes de l’Histoire.

Côté personnalités, LE 9e ESCADRON ne fait pas non plus dans la finesse. Il faut voir (et en sourire, bien sûr) cet étalage de virilité machiste, où chaque acteur reçoit son petit moment de gloire physique. Fiodor Bondartchouk (acteur, réalisateur et producteur), qui ne permet pas qu’un autre lui les serve, se filme comme un Hercule désinvolte, « Khokhol pour les intimes, colonel pour les autres », tout en muscles et en blagounettes de régiment. Les autres ne sont pas en reste, mais limitent souvent la casse : Arthur Smolianinov est le prolétaire courageux, Alexeï Tchadov le petit bleu au visage juvénile, Konstantin Krioukov l’artiste du groupe (on le surnomme Joconde), Mikhaïl Evlanov « le grêlé » et Artiom Mikhalkov (le fils de Nikita) incarne celui qui se fait descendre le premier, de dos, par un enfant.

Dans de plus courtes apparitions, on retiendra aussi la composition abrupte d’Alexeï Serebriakov, capitaine instructeur en clair-obscur, et celle, dramatiquement comique, d’Alexeï Kravtchenko, capitaine Rambo pratiquement sans dialogues, toujours filmé torse nu, arme au poing et lunettes de soleil vissées sur le nez. Mikhaïl Efremov, quant à lui, est le dernier soldat à monter dans l’avion avant qu’il ne s’écrase, touché par un missile.

Au regard des moyens financiers accordés à cette production, il y a de quoi rager devant cette débauche d’effets visuels du plus mauvais goût. On apprend, par exemple, que la seule séquence de l’avion qui s’écrase sur sa base aurait coûté près de 450.000 dollars ! Les chiffres embellissent souvent les dossiers de presse mais ne masquent pas la fragilité de leur exploitation sur l’écran. En dehors de l’impressionnante explosion, que retient-on de cette scène ? Pas grand chose ; l’émoi du spectateur est à peu près aussi fort que lorsque les Avengers détruisent Manhattan pour sauver le monde.

Néanmoins, ça et là, entre deux séries de pompes et une tournante au fond d’un vieux hangar, quelques bonnes idées fleurissent au-devant de l’objectif épileptique de Bondartchouk : la lumière de l’Afghanistan qui monte, tel un rideau de théâtre, sur le sommeil des jeunes recrues ; une femme nue (Irina Rakhmanova), Vénus troublante et sensible, devant laquelle se prosternent des mécréants condamnés ; des visages d’enfants brisés par la guerre ; et quelques paysages : les montagnes arides forment des rangées de sentinelles blondes, immuables dans leur pureté maculée de sang. Le chef opérateur, Maxime Ossadtchi, connaît son métier – et, pendant le tournage, il reçut l’aide inattendue du directeur de la photographie de Ridley Scott, Slawomir Idziak, qui lui prêta des filtres pour filmer les montagnes.

À l’origine, le projet de Fiodor Bondartchouk devait placer ses héros au cœur de la guerre de Tchétchénie et aurait pu constituer une sorte de suite au premier long métrage de son père, LE DESTIN D’UN HOMME (1959). Devant les (évidentes) difficultés d’une telle ambition, le jeune réalisateur se tourna vers l’Afghanistan et bénéficia d’un budget très important pour l’époque, près de 10 millions de dollars, pour quatre mois de tournage répartis entre les studios de Moscou, la Crimée et l’Ouzbékistan.

Malgré certaines critiques dans la presse russe, jugeant le film pompier et égocentré (les gros plans sur Bondartchouk et ses magnifiques dents blanches), malgré les critiques de vétérans frustrés de voir leur victoire transformée en dernier fiasco avant le retour au pays (en réalité, Gorbatchev ordonna le retrait des troupes un an plus tard), LE 9e ESCADRON fut un très grand succès public. Rétrospectivement, son caractère binaire, manichéen, sa vision du patriotisme prolétarien contre un système accusé de sacrifier ses valeureux soldats, sont autant d’éléments que l’on retrouve toujours aujourd’hui dans une écrasante majorité des films de guerre du cinéma russe.

LE 9e ESCADRON est facilement trouvable en DVD (Lancaster, 2008) en version originale sous-titrée, agrémentée d’une version française, doublée par des voix qui rivalisent de testostérone.

Night Watch (2004)

En 2004, la sortie nationale de NIGHT WATCH (Ночной Дозор) fut un événement considérable pour le cinéma russe, alors en plein renouveau après une sombre décennie, marquée par l’effondrement de la production cinématographique du pays. Considéré comme le premier blockbuster de Russie, le film creva le plafond du box-office, à grand renfort de publicités impératives, s’offrant même le luxe de surpasser les succès américains du moment.

Quinze ans plus tard, que reste-t-il de cette superproduction d’envergure ? Un peu timide devant ses ors, j’ai abordé le film plein de bienveillance, malgré une présentation du distributeur français assez peu engageante : « Pendant plusieurs siècles, les forces de l’Ombre et de la Lumière ont coexisté dans un équilibre subtil … jusqu’à aujourd’hui. Les Autres de Night Watch, tels que les vampires, les sorcières ou les démons, sont dotés de pouvoirs surnaturels. Une succession d’événements mystérieux déclenche une prophétie ancestrale : un Elu va ainsi basculer dans le camp adverse, détruire l’équilibre et provoquer une guerre apocalyptique sans précédent ! » (sic)

Bien sûr, l’histoire n’a aucun intérêt mais, sur le papier, elle est à peu près intelligible – dernier moment de clairvoyance avant le délire paranormal … et l’éditeur d’ajouter un slogan racoleur pour appâter le taisson : « Quentin Tarantino présente [le film] comme le nouveau Seigneur des Anneaux. » L’occasion est toujours trop belle de montrer qu’en matière de cinéma, on peut être un cinéaste de premier plan et un fétichiste du plus mauvais goût.

La première séquence oppose, comme dans un mauvais jeu vidéo, deux armées venues « de la Nuit des Temps » mais semblables à des osts médiévaux. Vladimir Menchov apparaît sur son beau cheval, le visage grave. Le Bien et le Mal sont prêts à s’affronter pour la domination du monde ! Et tout va se jouer sur … un petit pont de pierre. Il ne manque que le chevalier Bayard pour refaire Garigliano. Soudain, au milieu de la cohue (filmée au ralenti, comme il se doit) et des effusions de sang, Menchov est pris d’un doute. Il décide d’arrêter le massacre et passe un pacte avec son ennemi, entouré des deux armées figées par un sortilège. Le décor est planté. Pas de doute possible, NIGHT WATCH s’annonce comme un nanar de premier ordre.

On pourrait s’amuser à décrire chaque séquence, chaque scène, chaque ligne de dialogue. Mais je dois le confesser, au risque de passer pour un « apôtre » de l’Ombre et d’être impitoyablement traqué par Constantin Khabenski, je n’ai pas réussi à aller jusqu’au bout du supplice. Pour me satisfaire d’un bon nanar, j’ai besoin d’un scénario linéaire – ou de Paul Préboist en curé farceur, à défaut. Celui de NIGHT WATCH est incompréhensible.

Tâcheron hypnotisé par les lumières d’Hollywood (où il travaille désormais, toujours aussi mal inspiré), le réalisateur Timour Bekmambetov cherchait manifestement à montrer ses qualités spongiaires quand il s’attela à commettre ce film : de MATRIX (Wachowski, 1999) à STAR WARS (Lucas, 1977) en passant par SOS FANTÔMES (Reitman, 1984), tout l’éventail du cinéma américain de science-fiction défile sous nos yeux, telles des marques imprimées sous le nez du spectateur – soit dit en passant, de véritables marques sponsors apparaissent régulièrement à l’écran.

Supermarché du spectateur moyen, NIGHT WATCH propose toutes les saveurs, pour tous les goûts : du vampirisme un peu gore, du ralenti en veux-tu en voilà, du rap en sourdine, du rock agressif pour souligner l’action, du Nescafé, de la sorcière spécialisée en avortement à distance, du paranormal, de l’action virile, du sentiment, une chouette qui se transforme en femme, un vortex capillaire, un boucher de Moscou qui deale du sang de cochon … j’en oublie sûrement !

Les pauvres acteurs se démènent comme ils peuvent au milieu de ce cloaque ; et je repense au sublime Alec Guinness, perdu sur le tournage du premier STAR WARS, incapable de comprendre ce qu’il fait là, ni pourquoi il a accepté ce rôle. Que viennent faire Vladimir Menchov, Valery Zolotoukhine et Rimma Markova dans cette galère ? On souffre en voyant Constantin Khabenski en ersatz de Keanu Reeves, avec ses lunettes de soleil et sa capuche.

En me promenant sur internet, je constate que le film a donné lieu à des interprétations assez poussées sur le Bien et le Mal, sur les aspects slaves (voire soviétiques) des personnages, de leurs voitures, de leurs costumes. Après tout, il y a bien des thèses de doctorat sur les œuvres d’Amélie Nothomb. Si certains veulent absolument défendre ce film, leurs commentaires sont les bienvenus sur cette page ! Si j’en crois ce que je lis, la version internationale est un peu différente de l’originale russe.

Le DVD / Blu-ray francophone de NIGHT WATCH (2008) se trouve encore aujourd’hui assez facilement sur les principaux sites de vente en ligne. Au moment où je consulte sa page, Amazon le propose à partir de 0,42 €. C’est encore trop cher payé : attendez les soldes !

Urban Racer (2008)

Chaque cinéphile s’est, un jour, demandé comment il avait pu s’égarer aussi loin sur un chemin flexueux, malgré l’abondante signalisation, incitant d’entrée à la plus grande prudence. Des pneus aussi gros sur l’affiche que les acteurs, des voitures de course modifiées, des costumes à base de manteau de fourrure assortis de chaînes en or et de mitaines en cuir, des flammes rouge et or en surimpression d’un fond bleu du plus mauvais goût, un ensemble sponsorisé par NRJ … les signaux étaient écarlates, mais je n’ai pas su m’arrêter à temps. Le goût du risque, l’envie de découvrir tous les cinémas russes, le soleil breton engourdissant mon esprit au repos ?

La cinéphilie doit être une religion universelle basée sur la bienveillance et le pardon. Ainsi pourra-t-on pardonner (peut-être) au réalisateur Oleg Fesenko d’avoir commis ce film. Plus important encore, on me pardonnera (sûrement) d’avoir succombé à la tentation malsaine d’inaugurer ma rubrique Nanar sur ce blog, avec un opus du meilleur cru. Jugez plutôt du synopsis du distributeur français : « Saint-Petersbourg. Stepan, Mishka et la belle Katya, le genre de fille à faire bouillir le sang des hommes, mènent une double vie : le jour ils sont mécaniciens ou employés de bureau, la nuit, ce sont des streetracers, pilotes effrénés de courses sauvages dans les rues de la ville. Dirigés par le ténébreux Doker, les streetracers ne vivent que pour leur passion de la course urbaine : quels que soient les risques, la fureur de la route, la vitesse et l’adrénaline sont tout ce qui importe … Mais pour Doker, ces drifts ne sont qu’une façade : celle du crime organisé et d’une loterie sans merci dont les vies sont le prix … ». Doit-on, peut-on ajouter quelque chose ?

Je ne voudrais pas paraître trop méprisant. Après tout, chaque cinéma a son public – et il faut convenir que ces mauvais ersatz de FAST AND FURIOUS ne me touchent pas. Celui-ci, fort en thème, devient même comique au bout de quelques minutes, tant les clichés s’accumulent. Avec une pointe d’ironie supplémentaire et des dialogues encore plus exagérés, on aurait pu croire à un pastiche.

Las, cet URBAN RACER (Стритрейсеры) cherche les sensations fortes. Du début à la fin, l’esthétique, la mise en scène, les dialogues, la musique, les effets sonores, les acteurs, le montage, les trucages et le tuning des voitures constituent un gigantesque temple du mauvais goût, mausolée de toutes les pires idées cinématographiques. Aucun plan n’excède les deux secondes, ajoutant la nausée épileptique à l’ennui et la consternation.

Pour les amateurs de nanars, quelques scènes remarquables, tout de même : l’ensemble des séquences de mécanique dans le garage des deux frères – où l’on constate que le cambouis n’existe pas en Russie ; la première scène d’amour entre Alexeï Tchadov et Marina Alexandrova – subtils ralentis sur le capot d’une Ferrari, strip-tease, jets d’eau, peintures impressionnistes et rap intimiste ; l’ensemble des séquences avec les policiers de Saint-Pétersbourg – où l’on cherchera l’influence marseillaise de la série des TAXI ; la course dans le parking couvert – un summum où les compteurs montent à plus de 200 km/h alors que le parking, surchargé de piliers en béton, ne doit pas excéder les 200 mètres de large.

Un grand merci à M6 Vidéo de proposer ce pinacle en DVD, depuis 2013. On le trouve actuellement aux alentours de 4€, un prix des plus honnêtes pour compléter une collection !

La légende de Viy (2014)

Nouvelle adaptation libre d’un conte fantastique de Nicolas Gogol (Vij, 1835), LA LÉGENDE DE VIY (Вий) est l’un des grands succès du box-office russe de ces dernières années. Formaté pour une exploitation dans les salles en 3D, avec effets spéciaux, méchantes bestioles et scènes de frissons, le film est un pur produit de son époque, quelque part entre le gentil divertissement et la vulgarité des productions à gros budgets, dénuées de qualités esthétiques ou cinématographiques.

Aux débuts d’un XVIIIe siècle balbutiant ses idées de Lumières, de méthodes cartésiennes et de raison, un jeune scientifique anglais s’engage dans un long voyage solitaire vers l’Europe centrale, avec pour objectif principal la cartographie méticuleuse de cette terra incognita. En marge de sa quête, un petit village, perdu dans les forêts d’Ukraine, est la proie d’une malédiction : la fille défunte d’un chef local s’est transformée en sorcière infernale, capable de métamorphoses, et continue de semer la peur dans les environs. Tout l’enjeu du film consiste en cette rencontre improbable entre la raison et les superstitions, entre la science et les croyances magiques.

Sur le papier, c’est un sujet intéressant, bien que maintes fois traité – à des degrés et époques différents, de l’Antiquité à nos jours. L’Europe des Lumières, son héritage, ses « valeurs » et sa conception du monde moderne, régissent toujours notre époque, pour le meilleur et pour le pire : le poids culturel des religions dans les sociétés, la méfiance vis-à-vis des sciences (un vieux serpent de mer qui resurgit régulièrement en périodes de crises), l’opposition entre la ville instruite et la campagne fruste, la figure du génie visionnaire incompris par les masses, la remise en cause des autorités traditionnelles, la marche vers le progrès, etc. Autant de thématiques propres à faire des chefs-d’oeuvre et des nanars, avec un éventail de nuances définies par un manichéisme plus ou moins prononcé.

Avec cette grosse production destinée au plus large public (confortablement installé à déguster son pop-corn sur un fauteuil moelleux, avec supplément pour les lunettes 3D), l’espoir d’un scénario original, capable de faire réfléchir quelques instants, s’envole avec l’âme de la pauvre jeune fille assassinée par un monstre dans les marais. Passée la première demi-heure, le spectateur peut raisonnablement se demander s’il est devant une oeuvre cinématographique ou dans une attraction de Disneyland. Ainsi, quand la cinquième roue du carrosse scientifique voltige dans les airs, à l’entrée du village, offrant probablement un effet 3D très impressionnant sur grand écran, le film sombre dans une schizophrénie comique. Le progrès technique, montré dans le film en inévitable secours des peuples incultes et porté jusqu’au faîte d’une église hantée, est aussi ce qui empêche cette histoire, trois siècles plus tard, de se concentrer sur l’essentiel : le scénario. Chaque séquence est pensée pour être visionnée en trois dimensions, avec débauches d’effets visuels (sympathiques) et ambiance fantastique-gore (pas très originale).

Loin d’être une adaptation fidèle à l’oeuvre originale (centrée sur les trois étudiants), ce film mélange, sans aucune originalité ni philosophie sous-jacente, les éternelles recettes du « succès », pratiquement assuré d’emblée pour son cœur de cible, le public adolescent. Une touche de forêt mystérieuse baignée par des nappes de brouillard, que la seule résolution cartésienne de l’énigme permettra de dissiper (comme par enchantement, un comble !) ; une église branlante perchée sur un éperon rocheux ; des monstres humains, des sorciers, un prêtre fou ; de jolies jeunes femmes qui se baignent nues dans un marais avec le secret espoir qu’un homme ramasse leurs couronnes de fleurs (!) ; des perruques pour les aristocrates, aussi réactionnaires que progressistes ; un soupçon de références cinéphiles ou culturelles bien connues (Dracula, les monstres et vouivres des marais, une bête mystérieuse comme celle du Gévaudan, des petits démons malicieux qui virevoltent, une jeune fille qu’il faudrait exorciser …), etc.

Le cocktail est écœurant ou rassasiant, c’est une affaire de (dé)goût !

Sans être franchement désagréable, grâce à un casting russo-britannique efficace (Jason Flemyng et Charles Dance en aristocrates sujets de sa Majesté, Alexeï Tchadov, Andreï Smoliakov, Igor Jijikine et Anatoli Gouchtchine en rustauds de la forêt) et quelques décors crédibles, LA LÉGENDE DE VIY est aussi ce genre de film impersonnel qui hante pour longtemps les rayons DVD des grands magasins spécialisés, dans l’attente d’une hypothétique redécouverte/réhabilitation.

Les collectionneurs (ou curieux) trouveront ce film en DVD et Blu-ray 3D aux éditions Seven7 (2015) pour une dizaine d’euros. On appréciera, comme toujours, l’argument marketing de la jaquette française qui propulse Charles Dance en tête d’affiche, alors que l’auguste comédien britannique n’a que quelques scènes, sans intérêt.

Le film a connu une suite en 2019 : THE MYSTERY OF THE DRAGON SEAL.