Un peu de cinéma russe pour débuter l’année 2021 !

Après cette morne année 2020 dans les salles de cinéma françaises, de bonnes nouvelles arrivent … au moins sur le papier. Trois films sont annoncés sur les écrans : une ressortie d’abord, dans la foulée du magnifique coffret DVD / Blu-ray édité par Potemkine (2020) : SOY CUBA (Я — Куба, 1964) de Mikhaïl Kalatozov devrait ainsi susciter l’admiration des cinéphiles dès le 20 janvier 2021 dans quelques cinémas. Un film d’animation, ensuite : LE VOYAGE DE SERAPHIMA (Необыкновенное путешествие Серафимы, 2015) débarquera le 3 février 2021 dans les salles françaises, cinq ans après sa sortie en Russie. Enfin, le 31 mars 2021, KMBO distribuera en France le dernier film de Vadim Perelman, LES LEÇONS PERSANES (Уроки фарси, 2020), présenté à la dernière Berlinale.

Côté DVD / Blu-ray / VOD, le choix est pour le moment assez limité … et relativement peu enthousiasmant. Dès le 9 janvier, First International Production annonce la sortie de COSMOBALL (Вратарь галактики, 2020) de Djanik Faiziev, dont le synopsis laisse augurer un prochain article dans la catégorie Nanar du blog. Plus intéressante s’annonce la sortie en février de TROIS SECONDES (Движение вверх, 2017) d’Anton Meguerditchev chez Factoris Films, film avec un beau casting et d’importants moyens pour retracer un épisode des Jeux Olympiques d’été de 1972. Enfin, sans surprises, le MICHEL-ANGE de Kontchalovski ne reviendra pas en salles, mais sortira en DVD et Blu-ray chez Potemkine mi-mars 2021.

Sean Connery en URSS … de l’indifférence et une chanson !

Pour saluer la mémoire du grand acteur britannique Sean Connery (1930-2020), quelques images extraites de sa participation au film LA TENTE ROUGE (Красная палатка, 1969), dernier long métrage de Mikhaïl Kalatozov.

Sean Connery, qui sortait du succès international de ON NE VIT QUE DEUX FOIS (Gilbert, 1967), cinquième épisode des aventures de James Bond au cinéma, incarne dans ce film soviético-italien le rôle de l’explorateur polaire Roald Amundsen, dans une histoire romancée autour de l’expédition de 1928, qui lui coûta la vie.

L’acteur britannique était alors pratiquement inconnu en URSS puisque les films dans lesquels il incarne le célèbre agent 007 n’étaient pas diffusés dans le monde communiste. Il ne resta que trois semaines sur le tournage, le temps pour lui d’admirer l’indifférence générale de l’équipe et des curieux à son égard – ce qui ne manqua pas de le surprendre. D’après Vladimir Vyssotski, qui lui consacra une chanson comique par la suite (Une chanson sur James Bond, l’agent 007 / Песня про Джеймса Бонда, агента 007), il organisa même une fête, avec alcool étranger à volonté, pour divertir et sympathiser avec les soviétiques : les invités finirent tous les verres et quittèrent la soirée, sans avoir compris un mot d’anglais, seule langue parlée par leur hôte !

Dans la version soviétique du film, Sean Connery est doublé par Youri Yakovlev.

Ennio Morricone et le cinéma russe

Ennio Morricone (1928-2020) s’est éteint ce 6 juillet au cœur de sa ville natale, Rome, fêté de son vivant comme l’un des plus importants compositeurs de musiques de films du XXe siècle. De Sergio Leone à Quentin Tarantino, en passant par Brian de Palma, Bertolucci, Terrence Malick, Pasolini et beaucoup d’autres, Il Maestro laisse une oeuvre gigantesque, dépassant les 500 partitions originales, parmi lesquelles des thèmes parfois plus célèbres que les films qu’ils devaient mettre en valeur.

Au milieu de cette pléthore internationale, je me suis amusé à chercher d’éventuelles collaborations avec des réalisateurs soviétiques ou russes. Quête chimérique – ou presque ! À la fin des années 1960, Ennio Morricone est bien le compositeur de la bande originale du film LA TENTE ROUGE (La tenda rossa / Красная палатка, 1969), réalisé par Mikhaïl Kalatozov. Compositeur oui … mais seulement de la version italienne.

Le film est une rare coproduction soviético-italienne. En regardant de plus près le casting, on découvre que la musique originale de la version diffusée en Union Soviétique est signée Alexandre Zatsepine (le compositeur et auteur des chansons de plusieurs films de Leonid Gaïdaï, notamment).

Un film, deux musiques différentes : arrangements commerciaux avec les goûts de publics différents ou impériosités techniques ? Le compositeur Alexandre Zatsepine a livré sa version des faits, en arguant que sa partition n’était pas achevée au moment du montage final, obligeant le producteur italien à enregistrer rapidement une musique avec Ennio Morricone. Ainsi, l’expérience du maître avec le cinéma soviétique se serait limitée à un remplacement dans l’urgence … ce qui ne gâche rien à la beauté du thème !

Afin de se convaincre, et ainsi rendre hommage à ces deux grands musiciens, voici des liens pour écouter le thème soviétique et le thème italien :