Réalisme socialiste

En 1919, Anatoli Lounatcharski écrivait : « Nous devons nous souvenir qu’un État socialiste doit […] donner un esprit socialiste aux spectateurs de cinéma. » Né après la période avant-gardiste des années 1920, le réalisme socialiste s’impose comme un courant artistique visant à éduquer les masses au moyen de représentations glorieuses et idéales de la nouvelle société communiste, issue de la Révolution.

L’objectif des artistes n’est pas de montrer la réalité quotidienne de l’Union Soviétique mais d’insister sur ses caractéristiques les plus optimistes, préfigurant un avenir nécessairement radieux et heureux. Ainsi de ces toiles d’Alexandre Deïneka : Lénine conduit la jeunesse de la tempête (l’Ancien régime) vers le soleil et la liberté (le socialisme).

Courant artistique et idéologique caractéristique de la période stalinienne (1929-1953), le réalisme socialiste est aussi le fondement esthétique de la propagande d’État, pratiquement jusqu’à la fin de l’Union Soviétique à la fin des années 1980.

Au cinéma, le réalisme socialiste se caractérise d’abord par l’exaltation des masses paysannes et ouvrières, la glorification du collectif, parfois de destins individuels héroïques (héros du travail, héros de la révolution) et l’utilisation de décors champêtres ou industriels idéalisés. Les personnages principaux sont généralement dévoués à l’idéal communiste et réfutent, par leurs propos et/ou leurs actes, les symboles du capitalisme petit-bourgeois. Avec la Grande Guerre patriotique (1941-1945) puis les années de Guerre froide (1947-1991), le réalisme socialise impose aussi des figures engagées dans la défense armée de la nation, prêtes au sacrifice.

Pour Josette Bouvard (2003), cet oubli volontaire du réel au profit d’un cinéma fictionnel, largement mythifié, décrit davantage un « irréalisme socialiste », en particulier pour la période stalinienne.

– Quelques films :

  • 1930 : LA TERRE, d’Alexandre Dovjenko
  • 1936 : LE CIRQUE, de Grigori Alexandrov
  • 1936 : LE JEUNE HOMME SÉVÈRE, d’Abram Room
  • 1939 : LES TRACTORISTES, d’Ivan Pyriev
  • 1949 : LA CHUTE DE BERLIN, de Mikhaïl Tchiaoureli
  • 1950 : LOIN DE MOSCOU, d’Alexandre Stolper
  • 1951 : UN ÉTÉ PRODIGIEUX, de Boris Barnet
  • 1959 : IL N’Y AURA PAS DE DÉPART AUJOURD’HUI, d’Andreï Tarkovski
  • 1965 : LE PREMIER MAÎTRE, d’Andreï Kontchalovski

Voir aussi :

  • Michel Aucouturier, Le réalisme socialiste, PUF, 1998
  • Natacha Laurent (dir.), Le cinéma « stalinien » : questions d’histoire, PUM, 2003
  • Eric Schmulevitch, Réalisme socialiste et cinéma : le cinéma stalinien (1928-1941), L’Harmattan, 1996