La naissance du cinéma soviétique (1917-1924)

Voir aussi : Le cinéma russe avant la Révolution (1896-1917)

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Dès la fin de l’année 1917, un Commissariat du Peuple à l’éducation (Narkompros, Наркомпрос) est créé, avec une section dédiée au cinéma. L’objectif du nouveau gouvernement révolutionnaire est « d’enseigner » le socialisme aux masses en utilisant l’art et tous ses créateurs. Les premiers mois qui suivent la Révolution d’octobre voient surtout la fermeture des salles de cinéma, faute d’électricité, et la dispersion des cinéastes. Le 27 août 1919, Lénine signe le décret officiel qui nationalise le cinéma : c’est la naissance officielle du cinéma soviétique – et cette journée est aujourd’hui encore fêtée en Russie comme la « Journée du cinéma russe ». Quelques jours plus tard, le 1er septembre 1919, est fondée la première école de cinéma du monde, le VGIK (ВГИК) à Moscou.

« Vous devrez développer la production et en particulier impulser la diffusion du cinéma […]. Vous devez toujours garder présent à l’esprit que de tous les arts, c’est le cinéma qui est pour nous le plus important » (Lénine, 1922)

La formule de Lénine est restée célèbre, mais on ne doit pas oublier que le chef des bolcheviks entend surtout faire produire des films documentaires ou des films d’actualités, destinés à glorifier la Révolution et la naissance du nouvel état prolétarien. Certains grands réalisateurs participent à cet effort, tel Dziga Vertov avec son HISTOIRE DE LA GUERRE CIVILE (История гражданской войны, 1922). Le cinéma de fiction évolue également dès l’année 1917. Ainsi, le réalisateur Yakov Protazanov met est scène Ivan Mosjoukine dans LE PÈRE SERGE (Отец Сергий, 1918), personnage complexe qui cherche à résister à la tentation – le film montre, pour la première fois, une vision critique de l’aristocratie impériale, particulièrement du tsar Nicolas Ier.

La naissance de l’URSS en 1922 permet à toutes les républiques socialistes de développer leur propre cinéma régional, avec de nouveaux studios qui forment les cinéastes et les techniciens du cinéma. À Moscou, les grandes sociétés de production cinématographiques sont fusionnées et deviennent le Goskino (Госкино), future Mosfilm. LES DIABLES ROUGES (Кра́сные дьяволя́та, 1923), d’Ivan Perestiani, est l’un des premiers grands succès du cinéma soviétique : il raconte l’histoire de deux enfants aux prises avec des contre-révolutionnaires et des anarchistes. Parallèlement à ces films de masses, une nouvelle génération de jeunes gens passionnés cherche à s’imposer sur un terreau où tout reste à construire, à explorer. Théoriciens et artistes, Lev Koulechov, Dziga Vertov, Edouard Tissé ou Sergueï Eisenstein se préparent à devenir les fers de lance d’une nouvelle avant-garde au service du communisme universel.

« Si la Révolution m’a amené à l’art, l’art m’a emporté entier dans la Révolution » (Lev Koulechov)

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Suite : Le cinéma d’avant-garde soviétique

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Sources

  • Joël Chapron, « 70 années de cinéma soviétique » (conférence), 2012
  • Jean-Loup Passek (dir.), Le cinéma russe et soviétique, 1992