Bon anniversaire à … Anatoli Kouznetsov (1930-2014)

La célébrité internationale d’Anatoli Kouznetsov est liée à son rôle de soldat de l’Armée rouge dans LE SOLEIL BLANC DU DÉSERT (Motyl, 1970) mais l’acteur s’est aussi illustré dans quelques autres productions de qualité, souvent en militaire : il apparaît notamment dans la fresque LIBÉRATION (Ozerov, 1971) et LA NEIGE CHAUDE (Egiazarov, 1972).

Né le 31 décembre 1930 à Moscou, il aurait fêté aujourd’hui ses 90 ans !

Il y a 125 ans …

Le 28 décembre 1895, dans le salon indien du Grand Café, au 14 du boulevard des Capucines à Paris, les frères Lumière organisaient la première projection publique et payante de leurs films. Certains historiens considèrent cette date comme la véritable naissance du cinéma. À l’heure où nos salles françaises (et souvent européennes) sont fermées, il est bon de se souvenir de tous ces pionniers qui parcourent le monde à la recherche de nouvelles images à montrer aux spectateurs, de plus en plus passionnés par ce spectacle novateur, promis à un avenir radieux.

Cette commémoration est aussi l’occasion de repenser à Johnny First (alias Andreï Mironov, dont ce fut le dernier rôle), autre pionnier malheureusement oublié des livres d’Histoire, héroïque aventurier de l’Ouest, prêt à braver la rusticité des foules pour présenter, avec sa jolie caméra Pathé, les premiers films des frères Lumière. Bon anniversaire, aussi, à cet HOMME DU BOULEVARD DES CAPUCINES (Sourikova, 1987) !

Bon anniversaire à … Sergueï Ouroussevski (1908-1974)

Alors que SOY CUBA (Я — Куба, 1964) ressort dans une prestigieuse édition Blu-ray / DVD chez Potemkine (2020), un livret bonus offre au spectateur, avide de tout comprendre sur le chef d’œuvre de Mikhaïl Kalatozov, les lettres envoyées par le chef opérateur Sergueï Ouroussevski à son épouse, lors des repérages du film à Cuba. Rares et précieux, ces documents témoignent de l’engagement viscéral du technicien dans la composition des plans, dans l’utilisation novatrice de la caméra portée à l’épaule et met en lumière l’enthousiasme de l’équipe soviétique pour ce pays où la Révolution est vicace, active et semble encore promise à des espoirs concrets.

Toujours à la recherche d’innovations, Ouroussevski s’épuise autant que son réalisateur à trouver des solutions pour aborder les difficultés liées à une mise en scène complexe, échafaudée autour de plans-séquences. En 1980, le réalisateur Marc Donskoï écrivait à son sujet qu’« il était insurpassable dans les solutions tonales, toujours pleines de grâce et de finesse. Il utilisait pour cela de la fumée et des tulles pour créer des zones de lumières séparées ».

Il faut reconnaître que l’on peut facilement avoir tendance à oublier le rôle fondamental du chef opérateur (ou directeur de la photographie) sur un film, particulièrement en France où le cinéaste occupe, depuis la Nouvelle Vague, une place prépondérante, quasi divine, dans notre conception de la création cinématographique.

Formé à Leningrad puis à Moscou comme opérateur, Sergueï Ouroussevski fut l’un des 250 techniciens envoyés sur le front pour filmer la guerre, où il développa probablement son sens de la vitesse, la maniabilité des appareils et une inventivité plus empirique qu’universitaire. En 1943, il participa notamment aux prises de vues du documentaire d’Alexandre Dovjenko, LA BATAILLE POUR NOTRE UKRAINE SOVIÉTIQUE (Битва за нашу советскую Украйну). Ses talents furent remarqués pour la première fois pour son travail sur L’INSTITUTRICE DU VILLAGE (Сельская учительница, 1947) de Marc Donskoï.

Opérateur du dernier film de Poudovkine en 1952, LA MOISSON (Возвращение Василия Бортникова), il travailla la lumière en couleurs de la nouvelle adaptation du QUARANTE ET UNIÈME (Сорок первый) par Grigori Tchoukhraï en 1956. La même année marque sa rencontre avec Mikhaïl Kalatozov, ancien opérateur obsédé par la dimension esthétique de ses films. Ensemble, ils tournent quatre films, dont les classiques QUAND PASSENT LES CIGOGNES (Летят журавли, 1957), LA LETTRE INACHEVÉE (Неотправленное письмо) et SOY CUBA, dernière grande démonstration de son talent, jugé peut-être trop baroque, trop formaliste pour l’époque.

Ouroussevski s’essaya par la suite à la mise en scène, sans succès.

Véritable peintre de cinéma, enchanteur des ombres et de la lumière, l’opérateur envoie une très jolie lettre à son épouse en janvier 1962, quelques mois avant le début du tournage, dans laquelle il écrit : « Malgré toutes les joies de ce travail, je ne fais que penser à ce moment où je pourrai à nouveau remplacer la caméra par des pinceaux et de la peinture » ; indispensable loisir statique, origine et prolongement absolu de l’art cinématographique, pour cet artiste obsédé par l’idée du mouvement.

Né le 23 décembre 1908 à Saint-Pétersbourg, il aurait fêté aujourd’hui ses 112 ans !

Bon anniversaire à … Anatoli Papanov (1922-1987)

Avec son physique bonhomme à la Peter Ustinov, ses grands yeux bleus malicieux et sa gouaille inimitable (accentuée par un léger chuintement), Anatoli Papanov reste l’un des acteurs les plus populaires du cinéma soviétique, aussi à l’aise dans la comédie que dans des compositions plus dramatiques.

Formé au Théâtre d’art de Moscou puis au Théâtre de la Satire, Papanov fit ses vrais débuts au cinéma relativement tard, au début des années 1960. Si le succès des VIVANTS ET DES MORTS (Живые и мёртвые, 1964) d’Alexandre Stolper lui apporta la renommée et une reconnaissance d’État, ce sont surtout ses participations inoubliables dans plusieurs comédies « cultes » qui firent de lui un visage familier du grand public. Il reste, notamment, le beau-père d’Andreï Mironov dans ATTENTION, AUTOMOBILE (Riazanov, 1966) et son comparse balourd dans LE BRAS DE DIAMANT (Gaïdaï, 1968), un joueur d’échecs dans LES GENTILSHOMMES DE LA CHANCE (Sery, 1971) ou encore une incarnation célèbre d’Ostap Bender, le sympathique escroc de la série télévisée LES DOUZE CHAISES (12 стульев, 1976).

Durablement marqué par la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il fut blessé à la jambe, Anatoli Papanov interpréta nombre de rôles dramatiques marquants, tout au long de sa carrière : doublé pour sa composition de sculpteur décadent dans REVENEZ DEMAIN … (Tachkov, 1963), il est l’un des quatre vétérans de LA GARE DE BIÉLORRUSIE (Белорусский вокзал, 1964) d’Andreï Smirnov, le docteur d’UN HOMME BON ET MAUVAIS (Kheifits, 1973), adapté de Tchekhov, et l’un des prisonniers libérés du goulag dans COLD SUMMER OF 53 (Prochkine, 1988), son dernier rôle à l’écran.

Figure mémorable d’une soixantaine de films, au cinéma et à la télévision, Anatoli Papanov est mort des suites d’une crise cardiaque, provoquée semble-t-il par une douche à l’eau froide, au retour d’une journée de tournage.

Né le 31 octobre 1922 à Viazma, il aurait fêté aujourd’hui ses 98 ans !

Décès d’Irina Skobtseva

1927-2020

Actrice et professeur de théâtre au VGIK, elle était l’épouse du réalisateur Sergueï Bondartchouk (1920-1994) et la mère de Fiodor (1967) et Elena Bondartchouk (1962-2009).

Forte d’une carrière de près de 80 rôles au cinéma et à la télévision, souvent créditée en second rôle dans les films de son mari, elle apparaît notamment dans GUERRE ET PAIX (Война и мир, 1966-67), WATERLOO (Ватерлоо, 1970) ou BORIS GODOUNOV (Борис Годунов, 1986). Elle est aussi la mère de Vera Alentova dans LA JALOUSIE DES DIEUX (Зависть богов, 2000) de Vladimir Menchov et Desdémone dans l’OTHELLO (Отелло) de Sergueï Ioutkevitch, son premier rôle à l’écran en 1955.

Elle s’est éteinte à 93 ans, vingt-six ans, jour pour jour, après son mari.

Bon anniversaire à … Nikolaï Bourliaïev (1946)

Le 1er septembre 1962, lors de la Mostra de Venise, le monde entier découvrait le visage d’un jeune garçon orphelin perdu dans les brumes de la Seconde Guerre Mondiale, éclaireur courageux de l’Armée rouge. Dans son premier long métrage, Andreï Tarkovski décrit L’ENFANCE D’IVAN (Иваново детство) à travers les yeux de Nikolaï Bourliaïev, dont c’est assurément le rôle le plus célèbre.

On sait peut-être moins que l’acteur a poursuivi une riche carrière par la suite, alternant les compositions dramatiques auprès de réalisateurs importants. Toujours adolescent, il est l’un des enfants de Leningrad dans ENTRÉE DANS LA VIE (1963, Вступление) d’Igor Talankine puis retrouve Tarkovski pour incarner le fondeur de cloche orphelin, Boriska, dans ANDREÏ ROUBLEV (1969, Андрей Рублёв).

Dans les années 1970, plus présent à la télévision, on le voit encore dans des rôles secondaires au cinéma chez Alexeï Guerman (1971, LA VÉRIFICATION, Проверка на дорогах) ou Nikita Mikhalkov (1980, QUELQUES JOURS DE LA VIE D’OBLOMOV, Несколько дней из жизни И. И. Обломова). La décennie 1980 est plus faste : tête d’affiche de ROMANCE DU FRONT (1983, Военно-полевой роман), le film obtient de nombreuses récompenses et sera même nommé 20 ans plus tard à l’Oscar du meilleur film étranger. Nikolaï Bourliaïev écrit, réalise et interprète ensuite un film sur l’écrivain Mikhaïl Lermontov (1986, LERMONTOV, Лермонтов).

De ses derniers rôles au cinéma, on retiendra surtout deux figures martyres de premier plan : Jésus dans LE MAÎTRE ET MARGUERITE (1994, Мастер и Маргарита) de Iouri Kara, puis le dernier tsar Nicolas II dans L’AMIRAL (2008, Адмиралъ) d’Andreï Kravtchouk.

Né le 3 août 1946 à Moscou, Nikolaï Bourliaïev fête aujourd’hui ses 74 ans !


Mise à jour du 3 août 2020 :

Le souvenir d’Andreï Kontchalovski, publié sur sa page Facebook :

« Kolya et moi nous sommes rencontrés en 1959. Je cherchais un acteur pour le rôle principal de mon court métrage d’étudiant, L’ENFANT ET LE PIGEON (1961, Мальчик и голубь). Dans la rue Gorki, j’ai vu un garçon qui me semblait amusant. Je lui ai dit « Mec, tu voudrais faire du cinéma ? ». Habituellement, on répond toujours positivement à ce genre de question. Kolya ne s’est pas précipité pour répondre : « D’où venez-vous ? » « Je viens du VGIK ! » « Prouvez-le ! ». Je lui ai montré un papier d’étudiant. Alors, seulement, il a accepté de me parler. »

Bon anniversaire à … Alexandre Sokourov (1951)

Il est probablement le réalisateur russe le plus célèbre dans le monde depuis la disparition d’Andreï Tarkovski, l’un de ses maîtres. Explorateur intrépide des tourments de l’âme, de la nature ou des musées, Alexandre Sokourov filme sans interruption depuis la fin des années 1970, alternant longs métrages de fiction et documentaires, avec la même liberté de ton et des recherches esthétiques renouvelées. Malheureusement, si nombre de ses films ont été primés dans les festivals les plus prestigieux, beaucoup restent difficiles à trouver en France.

Depuis quelques années, le réalisateur s’est aussi fait passeur : il a ouvert un atelier d’études cinématographiques à Naltchik (Kabardino-Balkarie), d’où sont sortis de jeunes talents très prometteurs, tels Kantemir Balagov, Vladimir Bitokov, Gadzhimurad Efendiev, etc.

Je n’ai pas encore beaucoup parlé d’Alexandre Sokourov sur ce blog car l’analyse de ses œuvres nécessite souvent une vue d’ensemble (c’est le cas de sa quadrilogie du pouvoir ou de ses films dédiés aux grands musées européens), donc plus de temps d’écriture.

Né le 14 juin 1951 en Sibérie, le cinéaste fête aujourd’hui ses 69 ans !