Décès d’Andreï Miagkov

1938-2021

Vedette populaire de L’IRONIE DU SORT (Riazanov, 1975), de ROMANCE DE BUREAU (Riazanov, 1977) et ROMANCE CRUELLE (Riazanov, 1984), Andreï Miagkov fut aussi un grand comédien du théâtre moscovite. Eternellement associé à son premier succès au cinéma, toujours rediffusé chaque année à la télévision, il considérait pourtant que ce rôle fut néfaste à sa carrière et regrettait que le public l’assimile trop souvent à son personnage.

Andreï Miagkov s’est éteint ce 18 février 2021, à 82 ans.

Lénine, vers la décrépitude

Si le 21 janvier est traditionnellement associé en France à l’exécution de Louis XVI, la célèbre date correspond aussi à la mort de Lénine, survenue le 21 janvier 1924 à Vichnie Gorki, non loin de Moscou, au terme de trois longues années de sénescence.

En forme de clin d’œil cinéphile à l’Histoire, ces quelques dernières images du film TAURUS (Телец), réalisé en 2001 par Alexandre Sokourov, deuxième épisode de sa tétralogie du pouvoir. Lénine (Leonid Mozgovoï) y apparaît amoindri, dans sa (célèbre) chaise roulante, observant le ciel et les nuages qui se meuvent en silence dans le ciel. Une image d’éternité.

Bon anniversaire à … Constantin Khabenski (1972)

Autant le dire tout de suite, Constantin Khabenski n’est pas un chouchou de Perestroikino : trop de mauvais rôles et des choix discutables. Pourtant, force est de constater qu’en Russie, ses films attirent un public assez important, à tel point que le site KinoPoisk (sorte d’AlloCiné russe) l’a reconnu, lors d’une analyse globale de ses données en 2017, l’acteur le plus populaire du cinéma russe depuis le début des années 2000. À titre de comparaison, le réalisateur russe n°1 de la même étude est le tâcheron Timour Bekmambetov – de quoi se rassurer sur la valeur artistique de ladite analyse.

Qui a vu Constantin Khabenski en ersatz vampirisé de Keanu Reeves dans NIGHT WATCH (Bekmanbetov, 2004) sait de quoi je veux parler. C’est un rôle à vous décrédibiliser pendant au moins vingt ans ! Toutefois, le succès populaire fut au rendez-vous, comme pour la suite, deux ans plus tard, avec DAY WATCH et la même équipe. Auréolé d’une certaine notoriété, l’acteur fut choisi en 2008 pour être L’AMIRAL dans le film événement d’Andreï Kravtchouk, épique reconstitution de la vie d’Alexandre Koltchak : de gros moyens et un solide casting pour un film un peu en deçà de ses promesses.

Du côté des réussites, on peut citer la sympathique comédie de Pavel Lounguine, FAMILLES À VENDRE (2005) et LE GÉOGRAPHE A BU SON GLOBE (Veledinski, 2013). Khabenski apparaît aussi deux fois dans la peau de Léon Trotski, dans des séries télévisées : la plus récente, diffusée un temps sur Netflix, n’était pas une franche réussite malgré une composition solide de l’acteur.

Né le 11 janvier 1972 à Leningrad, Constantin Khabenski fête aujourd’hui ses 49 ans !

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Bon anniversaire à … Anatoli Kouznetsov (1930-2014)

La célébrité internationale d’Anatoli Kouznetsov est liée à son rôle de soldat de l’Armée rouge dans LE SOLEIL BLANC DU DÉSERT (Motyl, 1970) mais l’acteur s’est aussi illustré dans quelques autres productions de qualité, souvent en militaire : il apparaît notamment dans la fresque LIBÉRATION (Ozerov, 1971) et LA NEIGE CHAUDE (Egiazarov, 1972).

Né le 31 décembre 1930 à Moscou, il aurait fêté aujourd’hui ses 90 ans !

Il y a 125 ans …

Le 28 décembre 1895, dans le salon indien du Grand Café, au 14 du boulevard des Capucines à Paris, les frères Lumière organisaient la première projection publique et payante de leurs films. Certains historiens considèrent cette date comme la véritable naissance du cinéma. À l’heure où nos salles françaises (et souvent européennes) sont fermées, il est bon de se souvenir de tous ces pionniers qui parcourent le monde à la recherche de nouvelles images à montrer aux spectateurs, de plus en plus passionnés par ce spectacle novateur, promis à un avenir radieux.

Cette commémoration est aussi l’occasion de repenser à Johnny First (alias Andreï Mironov, dont ce fut le dernier rôle), autre pionnier malheureusement oublié des livres d’Histoire, héroïque aventurier de l’Ouest, prêt à braver la rusticité des foules pour présenter, avec sa jolie caméra Pathé, les premiers films des frères Lumière. Bon anniversaire, aussi, à cet HOMME DU BOULEVARD DES CAPUCINES (Sourikova, 1987) !

Bon anniversaire à … Sergueï Ouroussevski (1908-1974)

Alors que SOY CUBA (Я — Куба, 1964) ressort dans une prestigieuse édition Blu-ray / DVD chez Potemkine (2020), un livret bonus offre au spectateur, avide de tout comprendre sur le chef d’œuvre de Mikhaïl Kalatozov, les lettres envoyées par le chef opérateur Sergueï Ouroussevski à son épouse, lors des repérages du film à Cuba. Rares et précieux, ces documents témoignent de l’engagement viscéral du technicien dans la composition des plans, dans l’utilisation novatrice de la caméra portée à l’épaule et met en lumière l’enthousiasme de l’équipe soviétique pour ce pays où la Révolution est vicace, active et semble encore promise à des espoirs concrets.

Toujours à la recherche d’innovations, Ouroussevski s’épuise autant que son réalisateur à trouver des solutions pour aborder les difficultés liées à une mise en scène complexe, échafaudée autour de plans-séquences. En 1980, le réalisateur Marc Donskoï écrivait à son sujet qu’« il était insurpassable dans les solutions tonales, toujours pleines de grâce et de finesse. Il utilisait pour cela de la fumée et des tulles pour créer des zones de lumières séparées ».

Il faut reconnaître que l’on peut facilement avoir tendance à oublier le rôle fondamental du chef opérateur (ou directeur de la photographie) sur un film, particulièrement en France où le cinéaste occupe, depuis la Nouvelle Vague, une place prépondérante, quasi divine, dans notre conception de la création cinématographique.

Formé à Leningrad puis à Moscou comme opérateur, Sergueï Ouroussevski fut l’un des 250 techniciens envoyés sur le front pour filmer la guerre, où il développa probablement son sens de la vitesse, la maniabilité des appareils et une inventivité plus empirique qu’universitaire. En 1943, il participa notamment aux prises de vues du documentaire d’Alexandre Dovjenko, LA BATAILLE POUR NOTRE UKRAINE SOVIÉTIQUE (Битва за нашу советскую Украйну). Ses talents furent remarqués pour la première fois pour son travail sur L’INSTITUTRICE DU VILLAGE (Сельская учительница, 1947) de Marc Donskoï.

Opérateur du dernier film de Poudovkine en 1952, LA MOISSON (Возвращение Василия Бортникова), il travailla la lumière en couleurs de la nouvelle adaptation du QUARANTE ET UNIÈME (Сорок первый) par Grigori Tchoukhraï en 1956. La même année marque sa rencontre avec Mikhaïl Kalatozov, ancien opérateur obsédé par la dimension esthétique de ses films. Ensemble, ils tournent quatre films, dont les classiques QUAND PASSENT LES CIGOGNES (Летят журавли, 1957), LA LETTRE INACHEVÉE (Неотправленное письмо) et SOY CUBA, dernière grande démonstration de son talent, jugé peut-être trop baroque, trop formaliste pour l’époque.

Ouroussevski s’essaya par la suite à la mise en scène, sans succès.

Véritable peintre de cinéma, enchanteur des ombres et de la lumière, l’opérateur envoie une très jolie lettre à son épouse en janvier 1962, quelques mois avant le début du tournage, dans laquelle il écrit : « Malgré toutes les joies de ce travail, je ne fais que penser à ce moment où je pourrai à nouveau remplacer la caméra par des pinceaux et de la peinture » ; indispensable loisir statique, origine et prolongement absolu de l’art cinématographique, pour cet artiste obsédé par l’idée du mouvement.

Né le 23 décembre 1908 à Saint-Pétersbourg, il aurait fêté aujourd’hui ses 112 ans !

Bon anniversaire à … Anatoli Papanov (1922-1987)

Avec son physique bonhomme à la Peter Ustinov, ses grands yeux bleus malicieux et sa gouaille inimitable (accentuée par un léger chuintement), Anatoli Papanov reste l’un des acteurs les plus populaires du cinéma soviétique, aussi à l’aise dans la comédie que dans des compositions plus dramatiques.

Formé au Théâtre d’art de Moscou puis au Théâtre de la Satire, Papanov fit ses vrais débuts au cinéma relativement tard, au début des années 1960. Si le succès des VIVANTS ET DES MORTS (Живые и мёртвые, 1964) d’Alexandre Stolper lui apporta la renommée et une reconnaissance d’État, ce sont surtout ses participations inoubliables dans plusieurs comédies « cultes » qui firent de lui un visage familier du grand public. Il reste, notamment, le beau-père d’Andreï Mironov dans ATTENTION, AUTOMOBILE (Riazanov, 1966) et son comparse balourd dans LE BRAS DE DIAMANT (Gaïdaï, 1968), un joueur d’échecs dans LES GENTILSHOMMES DE LA CHANCE (Sery, 1971) ou encore une incarnation célèbre d’Ostap Bender, le sympathique escroc de la série télévisée LES DOUZE CHAISES (12 стульев, 1976).

Durablement marqué par la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle il fut blessé à la jambe, Anatoli Papanov interpréta nombre de rôles dramatiques marquants, tout au long de sa carrière : doublé pour sa composition de sculpteur décadent dans REVENEZ DEMAIN … (Tachkov, 1963), il est l’un des quatre vétérans de LA GARE DE BIÉLORRUSIE (Белорусский вокзал, 1964) d’Andreï Smirnov, le docteur d’UN HOMME BON ET MAUVAIS (Kheifits, 1973), adapté de Tchekhov, et l’un des prisonniers libérés du goulag dans COLD SUMMER OF 53 (Prochkine, 1988), son dernier rôle à l’écran.

Figure mémorable d’une soixantaine de films, au cinéma et à la télévision, Anatoli Papanov est mort des suites d’une crise cardiaque, provoquée semble-t-il par une douche à l’eau froide, au retour d’une journée de tournage.

Né le 31 octobre 1922 à Viazma, il aurait fêté aujourd’hui ses 98 ans !

Décès d’Irina Skobtseva

1927-2020

Actrice et professeur de théâtre au VGIK, elle était l’épouse du réalisateur Sergueï Bondartchouk (1920-1994) et la mère de Fiodor (1967) et Elena Bondartchouk (1962-2009).

Forte d’une carrière de près de 80 rôles au cinéma et à la télévision, souvent créditée en second rôle dans les films de son mari, elle apparaît notamment dans GUERRE ET PAIX (Война и мир, 1966-67), WATERLOO (Ватерлоо, 1970) ou BORIS GODOUNOV (Борис Годунов, 1986). Elle est aussi la mère de Vera Alentova dans LA JALOUSIE DES DIEUX (Зависть богов, 2000) de Vladimir Menchov et Desdémone dans l’OTHELLO (Отелло) de Sergueï Ioutkevitch, son premier rôle à l’écran en 1955.

Elle s’est éteinte à 93 ans, vingt-six ans, jour pour jour, après son mari.