Décès d’Alexandre Melnik

1958-2021

Nous avons appris ce mercredi 8 septembre 2021 la disparition tragique du réalisateur Alexandre Melnik, décédé lors d’une chute dans les environs du plateau de Putorana, dans le nord de la Sibérie, où il réalisait un documentaire aux côtés du ministre des Situations d’urgence, Evgueni Zinichev, lui aussi annoncé mort par le gouvernement. Selon les témoins, les deux hommes auraient chuté d’une falaise. Transportés à l’hôpital par hélicoptère, ils n’ont pas pu être sauvés. Six autres personnes ont été blessées en tentant de leur porter secours.

Ancien militaire et ingénieur hydrologue, Alexandre Melnik avait réalisé deux films avec l’acteur Konstantin Lavronenko : TERRE NEUVE (2008) et LE TERRITOIRE (2015), ode contemplative et patriotique aux beautés sauvages du grand nord sibérien et aux hommes qui écrivirent son histoire.

Décès de Piotr Mamonov

Quelques jours après la mort du réalisateur Vladimir Menchov, c’est une autre figure populaire de l’Union Soviétique et de la Russie contemporaine qui disparaît avec Piotr Mamonov, mort ce jeudi 15 juillet 2021 des suites de la Covid-19, après plusieurs semaines d’hospitalisation.

1951-2021

De sa vie romantique en forme de longue élégie, on retiendra que Piotr Mamonov fut d’abord un poète, un traducteur et un musicien talentueux, qui marqua de son empreinte originale le rock des années 1980. Sur scène, les témoignages racontent un artiste iconoclaste, « mélange de bouffon de rue, de salaud galant et d’ivrogne inconsciemment amer » (Troitsky, 1988).

En 1990, il débuta une nouvelle carrière au cinéma, grâce au réalisateur Pavel Lounguine, qui l’employa pour être la vedette de son premier film, TAXI BLUES (1990), prix de la mise en scène au Festival de Cannes et incarnation durable d’une certaine renaissance du cinéma russe, teintée de tchernoukha. Piotr Mamonov retrouva Lounguine deux autres fois, pour des prestations marquantes : il fut le moine torturé de L’ÎLE (2006) – un rôle très personnel pour celui qui devint progressivement un orthodoxe fervent, très critique sur la nouvelle société russe – puis le nouveau visage d’Ivan le Terrible dans TSAR (2009). De ses autres prestations au cinéma, on retiendra surtout son rôle dans le dramatique LA JAMBE (Tiagounov, 1991), transposition d’une nouvelle de William Faulkner à la guerre d’Afghanistan, et son rôle tragi-comique de père dur au mal dans le SHAPITO SHOW (2011) polyphonique de Sergueï Loban.

À l’annonce de sa mort, de nombreux artistes et anonymes ont témoigné de leur admiration pour cet artiste philosophe « devenu quelque chose d’éternel » (Alexeï Guerman Jr.), de ceux qui « n’ont rien fait pour le plaisir ou le profit mais pour leur conscience » (Zakhar Prilepine).

Décès de Vladimir Menchov

1939-2021

On pourrait croire raisonnablement à l’ironie du sort : alors que le Festival du film russe de Paris s’apprêtait à décerner son palmarès et que MOSCOU NE CROIT PAS AUX LARMES (1980) était rediffusé avec un grand succès au cinéma Le Balzac, nous apprenions la disparition brutale de son réalisateur, l’incontournable Vladimir Menchov, figure populaire du cinéma soviétique, puis russe, depuis une quarantaine d’années.

Diplômé de l’école d’art dramatique du Théâtre d’Art de Moscou, étudiant de Mikhaïl Romm au VGIK, Menchov débuta comme acteur dans les années 1970 avec un certain succès public et critique et ne cessa jamais d’interpréter des rôles variés à l’écran : il apparaît ainsi dans LE MAURE DE PIERRE LE GRAND (Mitta, 1976), RAGTIME RUSSE (1993) et COMPOSITION POUR LE JOUR DE LA VICTOIRE (1998) de Sergueï Oursouliak ou LA VILLE ZÉRO (Chakhnazarov, 1988), dans le rôle de l’officier qui manque de se suicider en public. Plus récemment, il avait interprété des rôles dans des films à grand succès en Russie : NIGHT WATCH (2004) et DAY WATCH (2005) de Timour Bekmanbetov, un petit rôle dans le film de noël LES SAPINS DE NOËL 2 (2011) et un second rôle d’apparatchik dans LE LÉGENDAIRE N°17 (Lebedev, 2013).

En tant que réalisateur, Vladimir Menchov devait sa renommée internationale à MOSCOU NE CROIT PAS AUX LARMES (1980), ce mélodrame féminin devenu l’un des plus grands succès du cinéma soviétique. Sans pouvoir se rendre à Hollywood, il reçut la statuette de l’Oscar du Meilleur film étranger pour ce film toujours culte en Russie, et visionné de génération en génération. Il réalisa encore sept films, dont LA JALOUSIE DES DIEUX (2000).

Très lié à la Mosfilm et au VGIK, Vladimir Menchov était un artiste multirécompensé : artiste émérite de la Fédération de Russie, artiste du peuple, prix d’État de l’URSS, ordre du mérite de la patrie, Aigle d’or du meilleur second rôle (2004), etc.

Il s’est éteint le 5 juillet 2021, des suites de la Covid-19. Il était l’époux de Vera Alentova, l’actrice principale de son plus grand succès en tant que réalisateur.

Décès de Kakhi Kavsadze

1935-2021

Issu d’une famille d’artistes géorgiens, Kakhi Kavsadze s’est illustré comme acteur dans presque 90 films, pour le cinéma ou la télévision, depuis le milieu des années 1950, en parallèle d’une riche carrière théâtrale. Il reste célèbre pour quelques compositions importantes, au premier rang desquelles figure son interprétation du chef basmatchi Abdoullah dans LE SOLEIL BLANC DU DÉSERT (Motyl, 1970).

À propos de ce rôle, il avait déclaré :

« C’était une personne qui vivait sa propre vie, obéissait à ses lois, à ses traditions, et soudain quelqu’un arrive et lui dit « Vous devez vivre comme moi ! ». Il n’aime pas ça. Ce n’est pas un bandit, c’est une personne qui défend ses traditions et sa maison. » (2013)

La même année 1970, Kakhi Kavsadze apparaît en arrière-plan d’un restaurant dans IL ÉTAIT UNE FOIS UN MERLE CHANTEUR d’Otar Iosseliani. Dès lors, et jusqu’à la fin de sa carrière, il interprète des personnages dans les films de ses compatriotes géorgiens : on le retrouve, notamment, dans LE COUP DE FOUDRE (Essadze, 1975) ou LE REPENTIR (Abouladze, 1984). Il est aussi un autre tsar Ivan le Terrible chez Guennadi Vassiliev en 1991 et un Don Quichotte dans une série télévisée soviético-espagnole en 1988, réalisée par Revaz Tchkheidze.

Kakhi Kavsadze s’est éteint ce 27 avril 2021 à l’hôpital universitaire de Tbilissi (Géorgie), des suites de la Covid-19.

Marc Ferro, russophile et passeur d’Histoire(s)

J’aurais pu rester sur cette terrible injonction de mon vénéré professeur d’histoire contemporaine, historiographe de l’empire colonial français en Afrique, nous proclamant un jour de mauvaise humeur qu’un historien spécialiste de plusieurs époques différentes n’est pas digne de confiance – œil sombre tourné vers Marc Ferro et son Livre noir du colonialisme (Rober Laffont, 2003). Il faut dire que Ferro avait le cœur large dans ses passions et recherches, publiant à la fois sur l’expansion coloniale au XIXe siècle, les deux guerres mondiales, Pétain et Vichy, l’Union Soviétique et le communisme, et sur les liens entre histoire et cinéma.

Le première fois que je le rencontrai, lors d’un salon du livre à Versailles, il me confia que son Cinéma et Histoire, initialement publié en 1977 puis réécrit et réédité plusieurs fois, était son ouvrage préféré. Il y détaille, sous forme de petits essais, regroupés par la volonté d’un éditeur, plusieurs axes de recherche quant aux rapports privilégiés entretenus, dès la naissance du cinéma de masse, par les politiques étatiques et la représentation des sociétés à l’écran. Russophile et historien de la Russie soviétique, Marc Ferro consacre naturellement plusieurs pages d’analyse au cinéma d’Eisenstein et au film TCHAPAÏEV (Vassiliev, 1934), comme modèle du film stalinien.

Quelques années plus tard, Marc Ferro poursuivit son exploration méthodologique du cinéma comme « agent de l’histoire » ou « symptôme du mouvement de l’histoire » dans Films et histoire (1984) avec, là encore, plusieurs articles consacrés au cinéma soviétique, rédigés par d’autres historiens, telles Hélène Puiseux et Françoise Navailh.

Dans l’un de ses derniers ouvrages, le passionnant Les Russes, l’esprit d’un peuple (Tallandier, 2017), Marc Ferro a ces mots qui me touchent particulièrement :

« La Russie est arrivée dans ma vie en contrebande. Honnêtement, je n’avais aucune raison de m’y intéresser. »

Revenant sur son histoire personnelle, l’historien cherche à comprendre, dans ce chapitre, comment il est arrivé à fouiller les archives d’un pays dont il ne connaissait presque rien. Ces deux phrases, noyées dans les évocations de son parcours d’historien de l’Union Soviétique, pourraient être érigées en frontispice de ce blog, animé par une passion inouïe pour la Russie (et son cinéma, naturellement), passion née d’un ailleurs passé, probablement enfantin, parfois difficile à déchiffrer.

Nous n’oublierons pas Marc Ferro, défricheur, analyste, contemplateur et passeur d’Histoire(s), pour le plus grand nombre.

Bon anniversaire à … Konstantin Lavronenko (1961)

Étonnante carrière que celle de Konstantin Lavronenko, passé par le théâtre et les seconds rôles pendant une vingtaine d’années avant de connaître, au début des années 2000, une éclatante renommée internationale grâce à deux rôles parmi les plus marquants du cinéma russe contemporain.

Peut-on rêver plus belle entrée que celle du père absent dans LE RETOUR (2003), de Zviaguintsev ? Allongé sur un lit comme un Christ mort dans une peinture de Mantegna, le père renaît doucement et conduit ses deux enfants vers un long chemin initiatique, sur une île oubliée des hommes. Le film fait le tour de tous les grands festivals internationaux et ouvre une nouvelle carrière à l’acteur, récompensé cinq ans plus tard d’un Prix d’interprétation masculine à Cannes pour son inoubliable composition dans LE BANNISSEMENT (Zviaguintsev, 2008).

Que s’est-il passé depuis ? Konstantin Lavronenko est apparu très souvent dans des séries télévisées qui ne dépassent pas les frontières de la Russie et ses performances cinématographiques ne peuvent que décevoir le public habitué aux tourments émotionnels de Zviaguintsev. Ainsi, depuis une dizaine d’années, l’acteur enchaîne les rôles dans des grosses productions, avec une prédilection pour le film catastrophe et/ou fantastique : EARTHQUAKE (Andreasyan, 2016), THE BLACKOUT (Baranov, 2019) ou COMA (Argounov, 2019), pour les seuls titres distribués en France. On se souvient aussi de son rôle de méchant, tristement niais, dans ROBO (Andreasyan, 2019). Seul l’épique TERRITOIRE (2015) d’Alexandre Melnik lui offre un rôle de charismatique géologue à la recherche d’or en Extrême-Orient russe.

Reste désormais pour les spectateurs à rêver d’un nouveau retour pour cet acteur qui mérite mieux que ces rôles apocalyptiques.

Né le 20 avril 1961 à Rostov-sur-le-Don, Konstantin Lavronenko fête aujourd’hui ses 60 ans !

1er anniversaire du blog !

Perestroikino est né le 20 avril 2020, pendant le premier confinement lié à la crise sanitaire du coronavirus. Je suis très heureux de fêter aujourd’hui son premier anniversaire … en confinement. À croire que nous vivons dans une bulle kafkaïenne dans laquelle tout n’est que recommencement. Depuis combien de semaines, de mois, les salles de cinéma sont-elles fermées en France ?

Toutefois, pour ne pas céder à la morosité facile, je préfère vous offrir, en guise de carte postale d’anniversaire, la joyeuse ambiance de LA NUIT DE CARNAVAL (Riazanov, 1956), avec ses jolies couleurs, ses femmes radieuses, son champagne et ses sourires éclatants.

Je profite aussi de cette occasion pour signaler mon immense plaisir (et ma fierté) d’avoir réalisé, il y a quelques jours, un entretien avec Jacques Simon, le président d’honneur de l’association Kinoglaz, la référence française que tous les passionnés du cinéma russe et soviétique connaissent bien. Au regard des statistiques récentes, vous semblez avoir été nombreux à découvrir ou explorer ce blog grâce à cette interview ; j’en suis particulièrement heureux !

Il me plaît donc, ici, de remercier tous ceux qui ont permis à ce petit blog de prendre vie tout au long de cette première année : un immense merci à Jacques Simon pour ses encouragements de la première heure, à l’association Kinoglaz, à mon ami Yoran Legemble (Captionity) pour ses bannières et logos, aux fidèles du blog, aux fidèles des réseaux sociaux, aux visiteurs de passage, aux visiteurs qui commentent et à tous les nouveaux cinéphiles qui prennent le temps de me lire régulièrement !

Et pour les années à venir ? Davaï !

Bon anniversaire à … Sergueï Puskepalis (1966)

Acteur physique au regard sombre, Sergueï Puskepalis poursuit depuis le début des années 2000 une riche carrière au théâtre et apparaît régulièrement au casting de plusieurs succès commerciaux, dont les films catastrophe SUBWAVE (Meguerditchev, 2013) et LE BRISE-GLACE (Khomeriki, 2016), ou le film de guerre RÉSISTANCE (Mokritski, 2015).

Refusant catégoriquement de tourner à l’étranger, dans des productions occidentales, il a été récompensé plusieurs fois en Russie, notamment pour son interprétation de médecin-anesthésiste dans LES CHOSES SIMPLES (Popogrebski, 2006) et son rôle de chef d’une station météorologique arctique dans COMMENT J’AI PASSÉ CET ÉTÉ LÀ (Pobogrebski, 2010). Dans un registre plus comique, il joue aussi le maire de Rostov-le-Grand dans 9 JOURS ET UN MATIN (Storojeva, 2014).

Né le 15 avril 1966 à Koursk, Sergueï Puskepalis fête aujourd’hui ses 55 ans !

Youri Gagarine : le fantôme du cinéma russe ?

C’était il y a soixante ans, jour pour jour : le 12 avril 1961, Youri Gagarine entrait dans la légende comme premier homme à effectuer un vol dans l’espace et une orbite autour de la Terre. Une heure et quarante-huit minutes d’éternité, avant de retrouver le sol de la Mère Patrie, non loin de la Volga, et d’être acclamé dans le monde entier comme un héros, pionnier de la conquête spatiale.

Six décennies plus tard, il est assez étonnant de constater que la figure du cosmonaute reste très marginale dans le cinéma russe. À bien y regarder, c’est surtout le directeur du programme spatial soviétique, Sergueï Korolev, qui intéresse les scénaristes et les réalisateurs ; probablement pour l’ampleur de sa carrière et sa personnalité complexe, restée dans l’ombre.

Si Youri Gagarine apparaît en personne dans des dizaines de documentaires, de son vivant et après sa mort tragique en 1968, il n’est généralement qu’un comparse (parfois sans visage) dans les quelques films de fiction retraçant les exploits soviétiques de la conquête spatiale, et souvent interprété par un acteur de second plan. Ainsi de LA MAÎTRISE DU FEU (Укрощение огня) de Daniil Khrabrovitski, qui rencontra un grand succès populaire à sa sortie en 1972 : le cosmonaute, dont le rôle n’est pas très étoffé, est interprété par deux acteurs non-professionnels, parfaitement inconnus. Le premier, Lavr Lyndin, fut repéré dans la rue, devant les studios, par le réalisateur qui lui trouvait un air de ressemblance avec Gagarine – il joua difficilement quelques minutes à l’écran ; le second, Anatoli Chelombitko, fut la silhouette du cosmonaute dans les séquences où il apparaît en combinaison spatiale.

Le véritable premier film consacré entièrement à Youri Gagarine date de 1976, mais il s’agit d’une évocation de l’enfance du cosmonaute pendant la Seconde Guerre mondiale, non de sa carrière de pilote. Dans AINSI COMMENÇA LA LÉGENDE (Так начиналась легенда), il est interprété par un jeune garçon de 10 ans, Oleg Orlov, engagé avec l’approbation de la mère de Gagarine après de nombreux castings où se présentèrent des milliers d’enfants.

Des années 1970 aux années 2000, la figure de Youri Gagarine semble s’effacer des écrans russes. Il faut attendre les plus récents LE COSMOS COMME PRESSENTIMENT (Outchitel, 2005), la série internationale À LA CONQUÊTE DE L’ESPACE (2005) et LE SOLDAT DE PAPIER (Guerman Jr., 2008) pour retrouver l’ombre légendaire du cosmonaute, toujours filmé en arrière-plan des intrigues, comme un décor historique à part entière, au même titre que la Guerre froide ou la course à l’espace.

Ce n’est qu’au début des années 2010 que l’ambitieux producteur Oleg Kapanets décide de consacrer tout un film biographique au cosmonaute, cinq décennies après son exploit autour de la Terre. Blockbuster à l’américaine, GAGARINE, PREMIER DANS L’ESPACE (2013) bénéficie d’un budget conséquent, d’un tournage à Baïkonour et de l’approbation de la fille du héros, qui participe en personne à la promotion du film. Le cosmonaute est interprété par un jeune acteur, Yaroslav Jalnine, assez ressemblant physiquement mais tiède à l’écran. Las, le film est un semi-échec au box-office russe et sort directement en DVD à l’étranger : le scénario est superficiel, les personnages caricaturaux et la mise en scène confiée à un tâcheron inexpérimenté.

La vie de Youri Gagarine est-elle impossible à transposer au cinéma avec succès ? Assurément non : de son enfance pendant la guerre à sa mort en vol, quelques années après être devenu une légende de la conquête spatiale, il y aurait matière à un biopic foisonnant, à condition d’éviter les artifices émotionnels propres au cinéma contemporain et d’envisager une exploration plus intime des (inévitables) tourments de l’homme, liés aux enjeux qui reposaient sur ses épaules au début des années 1960.

Toutefois, le film de 2013 a eu le mérite de soulever indirectement une question importante : la personnalité du cosmonaute est-elle cinégénique ? Sur ce point, rien n’est moins sûr, tant les témoignages abondent pour présenter Gagarine comme un homme simple, modeste, souriant, bon père et bon mari ; une gravure socialiste de propagande ! On le sait, depuis les premiers films du muet, les vrais gentils ne font pas souvent les meilleurs héros de cinéma. Alors, Gagarine restera peut-être un personnage anecdotique du cinéma russe, prisonnier de sa légende immortelle, comme son nom s’affiche toujours, en lettres d’or, dans un petit carré noir figé dans une des murailles du Kremlin, derrière le mausolée de Lénine.

Pour saluer la mémoire de Bertrand Tavernier (1941-2021)

Aucun autre homme ne fut plus important, dans ma vie de cinéphile, que Bertrand Tavernier. Explorateur vorace de tous les horizons cinématographiques, passeur truculent d’anecdotes inoubliables, enchanteur du passé et éclaireur ardent des films de patrimoine. Au sortir de mes années d’étudiant, à l’université, c’est grâce à ses films, ses interviews, ses entretiens dans les bonus de DVD, ses merveilleux livres et ses films que je compris que le cinéma n’était pas qu’un simple divertissement ou une industrie capitaliste.

Il y a quelques années, lors d’une rencontre à Rennes, à l’occasion de la sortie de QUAI D’ORSAY (2013), il m’écrivit très gentiment quelques mots sur la première page de son Pas à pas dans la brume électrique (Flammarion, 2009), passionnant récit de tournage au cœur du bayou de l’Atchafalaya, en Louisiane. Hier, à l’annonce de sa mort, j’ai relu ses lignes : « Filmer c’est … lutter, douter, rire, explorer, vaincre, aimer ». Autant de vocations que l’on pourrait transposer aussi au seul acte de visionner des films.

Le cinéma comme apprentissage du monde, de l’Histoire, de la vie : ce fut la grande leçon de mon voyage aux côtés de Bertrand Tavernier. Ce blog n’est pas autre chose qu’une découverte, pas à pas, passionnée, charnelle, amusée, éblouie, sidérante, explosive et amoureuse du cinéma russe et soviétique.

Bertrand Tavernier partageait régulièrement sur un blog des conseils DVD, littérature et musique. Relire ses articles est un régal ; comme ses livres, ils fourmillent d’éclats de culture, un mot sur un film oublié amenant une découverte littéraire, puis un hommage à un compositeur méconnu. Il modérait lui-même des centaines de commentaires passionnés, répondant personnellement à des inconnus à toutes les heures du jour et de la nuit. Je dois le reconnaître, c’est, en partie, ce blog qui me donna envie d’écrire sur le cinéma russe.

Si ses passions viscérales restaient le cinéma français et le cinéma américain, Bertrand Tavernier ne se bornait jamais à un seul paysage cinématographique. Sa soif n’avait aucune limite. Récemment, il avait encore partagé sur son blog plusieurs découvertes autour du cinéma soviétique, dont je laisse ici quelques extraits. De MOSCOU NE CROIT PAS AUX LARMES (Menchov, 1980) à REQUIEM POUR UN MASSACRE (Klimov, 1985) en passant par le livre d’entretiens de Michel Ciment et Andreï Kontchalovski (2019), Tavernier s’enthousiasma pour ce cinéma méconnu mais accessible à tous, en bonne qualité et avec de nombreux bonus, grâce à cet incroyable objet que reste le DVD.

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